Monde au bord de la crise alimentaire?

Le 31 août 2012 par Geneviève De Lacour
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La sécheresse en Russie et aux Etats-Unis, à l'origine de la flambée du prix des céréales
La sécheresse en Russie et aux Etats-Unis, à l'origine de la flambée du prix des céréales

Tous les indicateurs sont passés au rouge. Avec la sécheresse qui a sévi aux Etats-Unis et en Russie, le prix des céréales flambe. L’Europe reste épargnée, mais l’Afrique et le Moyen-Orient sont particulièrement vulnérables à la volatilité des prix. Jeudi 30 août, la Banque mondiale a tiré la sonnette d’alarme. Elle s’inquiète d’un début de crise alimentaire.

 «Nous ne pouvons pas tolérer que cette envolée historique des prix fasse peser un risque permanent» sur les populations pauvres, s'est alarmé le 30 août, dans un communiqué, Jim Yong Kim, le président la Banque mondiale, inquiet de la flambée des prix alimentaires.

Plus de trois ans après les émeutes de la faim de 2007-2008, la Banque mondiale (BM) se soucie tout particulièrement du niveau «sans précédent» atteint dès juillet par les cours mondiaux du maïs et du soja, deux produits de base dans de nombreux pays en développement.

Entre juin et juillet, les prix du maïs et des graines de soja ont respectivement bondi de 25% et 17%, alors que les prix alimentaires dans leur ensemble augmentaient de 10%, selon les données de l’institution. La tendance s'est poursuivie fin août où ces deux céréales ont atteint de nouveaux sommets. En outre, le 30 août à la Bourse de Chicago, le contrat de référence sur le boisseau de blé a clôturé à 9,03 dollars (7,16 euros), contre environ 6,5 $ (5,15 €) fin 2011. Sur cette même période, le contrat de référence sur le soja a quasiment doublé pour s'établir à 17,6 $ (13,95 €).

«Les prix alimentaires ont encore augmenté brutalement et menacent la santé et le bien-être de millions de personnes», a résumé Jim Yong Kim.

Selon la Banque mondiale, la hausse a été particulièrement marquée dans certains pays d'Afrique. Au Mozambique, le prix du maïs a flambé de 113% entre juin et juillet, tandis que le sorgho -parfois utilisé comme céréale alternative au maïs- a vu son coût bondir de 220% au Soudan du Sud et de 180% au Soudan. «L'Afrique et le Moyen-Orient sont particulièrement vulnérables», affirme le président de l’institution. Et l'avenir n'incite pas à l'optimisme: les prix devraient rester «élevés et volatils» sur le long terme en raison notamment des «incertitudes croissantes sur la production agricole».

Début août, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a livré le même diagnostic, assurant que la situation pourrait «se détériorer très rapidement». De l'ONU au G20 en passant par la Banque mondiale, tout le monde s'accorde sur les causes de cette flambée: la sécheresse qui frappe depuis plus de deux mois les Etats-Unis, premier exportateur mondial de maïs et de soja, et un été particulièrement sec en Europe de l'Est (Russie, Ukraine...).

Côté européen, la situation est plus rassurante. Aujourd’hui 31 août, Bruxelles a annoncé que la sécheresse, qui a fortement affecté la production céréalière aux Etats-Unis, a eu moins de conséquences en Europe. Ainsi la production européenne ne devrait reculer que de 2,2%, selon la Commission européenne.

Bruxelles prévoit pour la saison 2012-2013 une production céréalière de quelque 278,6 millions de tonnes, contre 284,7 pour la saison précédente. La production de maïs devrait baisser de 11%, et celle du blé de 1%. Pour autant, la saison 2012-2013 devrait être nettement meilleure que la dernière annus horribilis, celle de la récolte 2007-2008 qui était de 25 Mt inférieure aux actuelles prévisions.

Si l'on compare à la moyenne des 5 dernières années, la production européenne de blé devrait cette année rester stable à 127,3 Mt, et celle de maïs sera même en hausse de 2%, à 60,2 Mt, précise la Commission européenne. L'Europe se trouve ainsi en situation d'exportateur net, avec un excédent de 10 Mt, contrairement à 2007-2008 où l'Europe s'était retrouvée avec un déficit de 8 Mt.

A l'échelle mondiale, la Commission européenne s'attend à ce que les prix restent à des niveaux élevés, avec une forte volatilité. Selon Dacian Ciolos, le commissaire européen à l'agriculture, les prix élevés pour le maïs et le soja notamment risquent de déstabiliser certains secteurs de l'agriculture européenne.

Sur fond de crise alimentaire naissante, le ministre allemand de la coopération veut désormais interdire dans son pays la vente de biocarburants aux stations-service. Dirk Niebel a ainsi déclaré: «L’assiette l’emporte sur le réservoir à essence». Un point de vue qui rencontre un écho très favorable outre-Rhin. Selon la Libre Belgique, un sondage publié par la chaîne de télévision ZDF «indiquait ainsi que 63% des Allemands approuveraient l’interdiction de la vente de l’E 10, un carburant contenant 10% de bioéthanol. Et seuls 12% d’entre eux seraient contre».

Le ministre allemand veut également proposer une initiative à l’échelle européenne, pour une réduction des additifs végétaux dans le carburant, et que de nouveaux biocarburants soient développés à moyen terme. Une proposition qui ne fait pas l’unanimité puisque l’industrie allemande des biocarburants considère que la moisson allemande permet tout à fait de «remplir à la fois assiettes et réservoirs à essence». Près de 44 Mt de céréales ont pu être engrangées outre-Rhin cette année, soit 5% de plus que l’an dernier. La récolte de blé d’hiver a chuté de 7%, mais la production d’orge d’été a progressé de 50%, et celle de seigle de 44%. Selon les agriculteurs rhénans, les récoltes de betteraves, pommes de terre et maïs s’annoncent également bonnes. Grâce à des précipitations suffisantes, la situation allemande n’a donc rien à voir avec celle des récoltes russes, où la production de blé devrait baisser cette année de 20%, pour atteindre 75 Mt.

Les réponses politiques à la crise restent, pour le moment, très discrètes. Selon l’ONG Oxfam, les données publiées par la Banque mondiale «devraient réveiller les gouvernements et leur faire prendre conscience qu'une action sur la volatilité des prix alimentaires est requise d'urgence. Mais on ne sait pas vraiment s'ils écoutent», indique dans un communiqué Colin Roche, un porte-parole de l'ONG.

La Banque mondiale se dit quant à elle prête à augmenter son programme d'assistance à l'agriculture, auquel elle avait prévu de consacrer plus de 9 Md$ (7,13 Md€) en 2012. Le 28 août dernier, le G20 estimait que la situation actuelle sur les marchés agricoles était «préoccupante» mais «qu'aucune menace» ne pesait sur la sécurité alimentaire mondiale.

Les 20 principaux pays industrialisés et émergents ont alors décidé d'attendre les prochaines prévisions agricoles aux Etats-Unis, qui doivent être publiées le 12 septembre, avant de décider de prendre d'éventuelles mesures.

«Cette attitude attentiste est inacceptable», dénonce Oxfam. Ces pays «doivent agir maintenant, avant que l'évolution des prix ne soit totalement hors de contrôle et ne pousse davantage de gens dans la famine», ajoute l'ONG.

 

 



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