Moins protéger le loup, pour pouvoir en tirer plus

Le 05 mars 2014 par Marine Jobert
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Le loup, enjeu pastoral et agricole en montagne.
Le loup, enjeu pastoral et agricole en montagne.
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1.548.052 euros, c’est le montant des indemnisations versées en 2011 aux éleveurs, pour 1.414 attaques attribuées au loup sur 450 troupeaux (d’ovins dans 95% des cas). Les mesures de protection sont passées de 4,9 M€ en 2008 à 8,8 M€ en 2011. Voici quelques-uns des chiffres tirés du rapport d’information parlementaire consacré au «patrimoine naturel de la montagne», présenté le 4 mars par les sénateurs Hélène Masson-Maret (UMP) et André Vairetto (PS) dans le cadre de la commission du développement durable du Sénat. Au détour des chapitres consacrés aux risques naturels, à l’agriculture, au tourisme et à l’eau, les élus offrent une place importante aux conséquences du retour du loup en zone de montagne. Leur suggestion: moins protéger le loup pour pouvoir mieux le tirer.

 

Hélène Masson-Maret, élue des Alpes-Maritimes (département le plus touché par les attaques) ne cache pas ses convictions: «La cohabitation actuelle entre le loup et le monde pastoral n’est plus supportable dans [mon] département et des mesures de prélèvement urgentes et efficaces doivent être prises». Des considérations qui se heurtent aux protections internationales dont bénéficie le loup, classé comme animal «strictement protégé» au titre de l’annexe II de la convention de Berne. Il est de ce fait inaccessible à toute capture, détention, mise à mort, et la détérioration de ses sites de reproduction et de ses aires de repos est également interdite. Sans compter que sa détention et son commerce sont prohibés.

 

L’élue avance donc une proposition, motivée par «l’état florissant de l’espèce, tant à l’échelle de la France que de l’Europe»[1]: elle propose de rétrograder Canis Lupus vers le statut d’«espèce protégée simple», dont l’objectif est de maintenir l'existence hors de danger. Sa capture ou sa mise à mort par des moyens qui seraient non sélectifs ou localement dangereux pour la pérennité ou la tranquillité de l'espèce sont interdites. Des périodes annuelles ou des zones de préservation, de modalités particulières de gestion ou de réglementation du commerce sont instaurées.

 

L’exemple transalpin n’est pas de nature à donner trop d’espoirs aux deux sénateurs: «La Suisse a demandé en novembre 2013 le déclassement du loup en catégorie 3», rappellent-ils. Or le comité de la convention de Berne a refusé d’accéder à cette demande. Mais «si plusieurs nations font remonter le même message et soutiennent ce déclassement, la demande aura plus de chances d’aboutir», suggèrent les élus. Leur espoir: le bon état des populations de loups, qui pourrait leur valoir un déclassement. «Une population de 250 loups (…) est un nombre suffisant pour garantir son maintien».

 

Les élus en profitent également pour rappeler les travaux de leurs confrères sénateurs, très actifs pour tenter de bouter le loup hors de l’Hexagone ou pour le cantonner dans des aires très limitées. Ainsi, une proposition de loi visant à créer des zones de protection renforcée contre le loup, adoptée par le Sénat le 30 janvier 2013, «où le prélèvement de loups serait autorisé dans la limite de seuils déterminés spécifiquement pour chaque zone, indépendamment du prélèvement existant déjà au niveau national. Il ne s’agit en aucune manière d’abattre tous les loups présents dans ces zones».

 

Le plan Loup 2013-2017, qui prévoit l’abattage de 24 loups maximum, essuie au passage quelques tirs du fait d’une difficile mise en œuvre au plan local. Les deux sénateurs souhaitent que de nouveaux niveaux de prélèvement soient déterminés («en rapport avec le dynamisme démographique de la population lupine»), que soit reconnue la possibilité de tirs de défense plus systématiques, que les fédérations de chasse puissent être sollicitées pour contribuer au retrait des prédateurs à l’initiative du préfet, et que les loups puissent être tirés pendant l’hiver et non uniquement quand les troupeaux sont à l’alpage («le loup étant alors plus facile à pister sur la neige»). Les préfets des zones concernées par les attaques de loup avaient essuyé plusieurs déconvenues devant les tribunaux administratifs, puisque leurs arrêtés préfectoraux autorisant les sociétés de chasse à effectuer des battues –conformément à des instructions ministérielles- avaient été retoqués à la demande de plusieurs associations environnementales.

 

 

Le système d’indemnisation des dégâts dus au loup a été mis en place en 1993 et révisé en 2005, 2009 et 2011. Il est financé par le ministère de l’écologie. Après chaque attaque, un constat est établi par un agent assermenté, dans un délai de 48 heures. Le doute doit profiter à l’éleveur. Sont ainsi indemnisées toutes les victimes de prédation pour lesquelles la responsabilité du loup n’est pas exclue.
Les indemnisations couvrent les pertes directes selon un barème établi. Elles prennent en charge la valeur de remplacement des animaux, c’est-à-dire le prix d’achat d’un animal vivant de même catégorie. Les attaques de loup ont un impact fort sur les troupeaux, en termes de baisse de la fécondité, chute de la production laitière, ou encore perte de poids des agneaux. L’indemnisation des attaques de loup inclut donc un forfait de compensation des pertes indirectes et la prise en charge des animaux disparus à hauteur de 15% des pertes directes. Les sénateurs déplorent, «sans verser dans un sentimentalisme outrancier», que le préjudice moral des éleveurs ne soit pas indemnisé, d’autant que ces attaques viennent questionner la possibilité même de la poursuite du métier de berger.

 

 

 


[1] «La population de loups sur le territoire français est aujourd’hui estimée à 250 bêtes, selon les chiffres officiels du ministère de l’écologie et progresse à un rythme de 20% par an. Certains chiffres officieux évoquent même, déjà, une population de 400 représentants de cette espèce particulièrement furtive et mobile, qui se prête mal à des comptages précis.»

 

 



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