Moins nocives que prévu, les faibles doses de radiations?

Le 05 janvier 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Quel rapport existe-t-il entre la Nasa et le ministère américain de l’énergie (DOE)? Les deux institutions s’intéressent, sous des angles différents, aux effets sur le corps humain des faibles doses de rayonnements ionisants.
 
Pour l’agence spatiale, il s’agit d’évaluer les conséquences radiologiques d’un long voyage dans l’espace. En charge de la politique énergétique, mais aussi du secteur nucléaire US sous toutes ses coutures, le DOE veut avancer sur la délicate question des «faibles doses»; un sujet qui tient en haleine les scientifiques et les anti-nucléaire depuis des décennies.
 
Nasa et DOE ont donc conjugué leurs subventions pour financer les travaux d’une équipe germano-américaine, coordonnée par Sylvain Costes, un physicien français travaillant au prestigieux laboratoire national Lawrence Berkeley (Californie).
 
Publiés fin décembre dans les Annales de l’académie des sciences américaine (Pnas), leurs résultats ont de quoi surprendre.
 
Jusqu’à présent, pourrait-on résumer, la connaissance des effets biologiques des faibles doses de rayonnement (inférieures à 0,1 gray) était plutôt lacunaire. En cause, le fait qu’il n’y ait jamais eu suffisamment de personnes «ainsi irradiées» pour permettre aux épidémiologistes de répondre à deux questions: y a-t-il un niveau en dessous duquel le risque n’existe plus? Est-ce que le risque a la même pente en fonction de la dose entre 0 et 0,1 Gy et entre 0,1 et 2 Gy?
 
Faute de réponse, les statisticiens extrapolent les conséquences d’une exposition à un haut débit de dose, comme celles subies par les habitants de Hiroshima ou de Nagasaki. Ce qui tend à donner une certaine proportionnalité aux effets biologiques d’une exposition aux radiations: plus on est exposé, plus les effets seront dévastateurs. Cette dépendance en dose est linéaire, ce qui est principalement dû aux données de cancer entre 0,2 et 2 Gy.
 
Or il est désormais permis de remettre en cause cette linéarité. En exposant à des doses allant de 0,1 à 2 Gy des cellules épithéliales «immortalisées» —qui peuvent se diviser sans fin—, les scientifiques ont constaté que la détection des cassures de brins d’ADN était plus efficace aux faibles doses (0,1 Gy) qu’aux hautes doses (1-2 Gy).
 
«Schématiquement, explique Sylvain Costes, les cassures de brins d’ADN se concentreraient dans ce que nous appelons des centres de réparation. Plus la dose est forte, plus ces centres doivent traiter plusieurs réparations à la fois. Ce qui peut conduire à des erreurs: des aberrations chromosomiques pouvant générer, à terme, des cancers. A contrario, les faibles doses produisent moins de cassures: les centres de réparation n’ont qu’une seule cassure à gérer et donc ils vont plus vite et ne risquent pas de mélanger des cassures provenant de différents chromosomes.»
 
Encore expérimentaux, ces résultats sont passionnants. Ils laissent supposer que les effets biologiques de l’exposition à de faibles doses de rayonnements ionisants seraient moindres qu’escomptés.
 
Cela étant, les auteurs de l’étude ne crient pas encore victoire. «Nous avons mené nos expériences sur des cellules non primaires cultivées dans des boîtes en plastique, loin de tout organe, sans réponse immunitaire et sans l’influence du microenvironnement de l’organe. Nous avons encore beaucoup de travail à réaliser avant de conclure définitivement», rappelle Sylvain Costes.
 
Pour autant, si les conclusions de leurs travaux à venir se révélaient concluantes au niveau du tissu, cela pourrait peut-être expliquer, par exemple, pourquoi les Iraniens vivant à Ramsar, une ville aux taux de radiations naturels les plus élevés au monde (0,26 Gy équivalent par an) ne semblent pas développer plus de cancer que leurs compatriotes des autres régions.  
 


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