Moins de viande: une vraie bonne recette pour le climat

Le 25 février 2019 par Stéphanie Senet
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La consommation alimentaire représente 28% des émissions mondiales de GES. Principale source: l'élevage.
La consommation alimentaire représente 28% des émissions mondiales de GES. Principale source: l'élevage.

La consommation de produits alimentaires est à l’origine de 28% des émissions mondiales de gaz à effet de serre anthropiques, selon une étude publiée ce 25 février par l’Institut de l’économie pour le climat i4CE. Des émissions majoritairement imputables à l’élevage.

Légumineuses, noix et légumes. Pas plus d’une portion de viande rouge par semaine, d’une demi-portion de viande blanche et d’une portion de produits laitiers par jour. Ce régime «flexitarien» pourrait réduire drastiquement les émissions de GES mondiales. Telle est l’une des conclusions d’une étude d’i4CE qui s’est intéressée au poids carbone de la consommation alimentaire mondiale, alors que l’essentiel de la littérature scientifique cible la production agricole. Résultat: 13,8 milliards de tonnes équivalent CO2 (CO2, CH4 et N2O) ont été émises dans l’atmosphère en 2010 pour remplir nos assiettes[1]. Soit 28% des émissions mondiales. Ce chiffre recouvre toute la chaîne, depuis la production des machines agricoles et des intrants jusqu’à la gestion des déchets générés par l’alimentation. Avec une marge d’incertitude non négligeable, surtout pour le poste lié au changement d’affectation des terres, un vocable désignant souvent la déforestation (de l’ordre de 2 à 3 Mdt eq.CO2).

Une majorité d’émissions à la ferme

Quelles activités pèsent-elles le plus dans la consommation alimentaire? «75% des émissions se situent en amont du cycle de vie, jusqu’à la sortie du produit de la ferme. Le reste est donc marginal, avec 15% des émissions entre la ferme et le magasin et 10% après la vente avec l’usage et la gestion du déchet», résume Lucile Rogissart, chargée de recherche à i4CE et co-auteure de l’étude.

Le bilan carbone lié aux transports reste donc mineur, l’essentiel des aliments étant transportés par voie maritime au niveau mondial.

En France, la proportion diffère légèrement. 65% des émissions sont produites en amont (contre 75% au niveau mondial), 20% pendant le transport et la distribution (contre 15%) et 15% entre la vente et la consommation. Une différence due, selon i4CE, à l’exclusion du changement d’affectation des terres du périmètre des émissions[2] et d’une plus forte consommation énergétique.

Le lourd bilan de l’élevage

Deuxième conclusion: les produits de l’élevage terrestre pèsent lourd dans la balance, avec en moyenne 10 Gt eq.CO2 de GES par an dues aux animaux, engrais, pesticides, machines, et énergie. Soit 63% des émissions de l’alimentation à eux seuls. Un résultat d’autant plus frappant que l’élevage terrestre n’apporte que 33% des protéines destinées à la consommation humaines –contre 61% des plantes[3]– et 15% des calories.

Le deuxième poste des émissions en amont provient du changement d’affectation des terres. Soit à la déforestation due à l’exploitation agricole dans la majorité des cas.

Bon pour le climat, bon pour la santé

«Les changements de mode alimentaire représentent un potentiel d’action plus important que les innovations technologiques. C’est ce que montrent plusieurs études de la littérature scientifique –jeune mais foisonnante– dédiée aux politiques alimentaires», observe Lucile Rogissart, co-auteure d’une autre étude publiée par i4CE, qui les synthétisent. «Si tout le monde devenait flexitarien, les émissions mondiales liées à l’alimentation n’augmenteraient plus de 200% mais de 100% seulement d’ici 2050», ajoute-t-elle.

Une recette bonne pour le climat mais aussi bonne pour la santé, comme l’a rappelé en janvier un consortium de chercheurs dans The Lancet. La consommation de viande rouge favorisant le cancer colorectal, les scientifiques appellent à la réduire de moitié, tout comme l’absorption de sucres, mais d’accroître les légumes, fruits secs, noix et céréales. 

Le gâchis bientôt fini?

Deuxième lever d’action, la lutte contre le gaspillage alimentaire pourrait réduire jusqu’à 4 Mdt eq.CO2 les émissions de la consommation mondiale, comme l’avait déjà montré un rapport de la FAO[4] publié en 2013. C’est près d’un tiers des émissions de GES liées à l’alimentation.

Plus surprenant, la conversion à l’agriculture biologique n’est pas meilleure pour le climat, en raison de rendements moindres par produit et de transports accrus. «Elle reste bénéfique pour l’environnement, en particulier pour la qualité des sols et des eaux», nuance Lucile Rogissart.

Avis aux responsables inspirés: pour s’attaquer au lourd bilan carbone de l’alimentation, il faut commencer par informer les consommateurs sur l’impact de leur consommation de viande, multiplier les labels, et pourquoi pas, développer un accompagnement personnalisé. Une étude de l’Ademe[5] a montré qu’un suivi au quotidien des familles permettait de réduire de 30% les émissions de GES en quelques semaines. C’est 4 fois mieux que la mise en place d’une TVA sur les produits de l’élevage.



[1] Produits de la pêche et de l’aquaculture compris

[2] Une source qui peut être importante à cause de nos importations de soja et d’huile de palme, mais qui n’est évaluée par aucune étude.

[3] Et 7% des produits de la mer

[4] Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture

[5] Ademe: Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

 



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