Moins de pesticides en France… grâce à des chiffres tronqués

Le 19 décembre 2013 par Marine Jobert
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Les pesticides en augmentation en France.
Les pesticides en augmentation en France.
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La diminution de 5,7% du volume des pesticides employés en France entre 2011 et 2012, annoncée début décembre, n’est-elle due qu’à des chiffres tronqués? C’est ce qu’affirme l’association Générations futures, qui révèle que c’est à partir des données de vente de pesticides arrêtées au 30 juin 2012 que les services du ministère de l’agriculture ont calculé les quantités écoulées. Or ces chiffres ont tendance à vite devenir obsolètes, puisque les distributeurs ont jusqu’à trois ans pour procéder à la déclaration des produits vendus. Annoncer, en décembre, une tendance baissière basée sur des chiffres arrêtés en juin, exposait donc nécessairement les services de l’Etat à communiquer une information tronquée.

 

Car consultée en novembre, la base de données gérée par l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema) montre au contraire une hausse d'environ 4% par rapport à l’estimation de juin de la redevance pour pollutions diffuses. Il s’agit d’une redevance versée par le distributeur/vendeur ou, à défaut l’acquéreur, calculée en fonction de la dangerosité des substances employées et des quantités présentes dans les produits. Cette augmentation de 4% donne donc une tendance assez nette quant à la consommation de pesticides et à leur toxicité, puisque cette redevance concerne les substances classées toxiques, très toxiques, cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques et dangereuses pour l'environnement.

 

Selon des correspondances internes dont Le Monde a obtenu copie, les services de la Direction générale de l'alimentation (DGAL) auraient été avertis mi-novembre de ce hiatus. Mais cela n’a en rien infléchi la communication du ministère de l’agriculture sur le bilan du plan Ecophyto, quelques semaines plus tard. Stéphane Le Foll s’était «réjoui» de la baisse de 5,7% de la Nodu, cet indicateur «toutes cultures», calculé annuellement à partir des données de vente transmises[1]. Une baisse par ailleurs essentiellement imputable à une diminution de 11% de l’usage des herbicides et des insecticides, et qui masquait, en revanche, un accroissement de 6% de l’utilisation des fongicides.

 

«Il est possible que les données aient bougé entre fin juin et novembre, mais cela n'avait pas, ou peu, été le cas les années précédentes, a réagi la DGAL, citée par Le Monde. Nous referons les calculs l'an prochain et s'il y a eu erreur, les résultats seront communiqués en toute transparence et nous ferons éventuellement évoluer la méthodologie.» «Il est stupéfiant de voir que le ministère de l’agriculture annonce à grand renfort de com’ une baisse supposée de l’usage des pesticides en agriculture alors que le même ministère sait parfaitement que tout ceci est basé sur des chiffres tronqués», s’étonne François Veillerette, le porte-parole de Générations futures.

 

L’association dénonce aussi le fait que si l’utilisation des produits cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR) de catégorie 2 (c’est-à-dire avec des effets probables) a baissé de 37% entre 2008 et 2012, c’est uniquement parce qu’«un seul CMR 2 a été pris en compte pour 2012… pour 45 vendus, car c’est le seul CMR2 rentrant dans le champ de la redevance pour pollutions diffuses». «Encore un tour de passe-passe du ministère de l’agriculture pour pouvoir annoncer des ’bonnes nouvelles‘!», conclut l’association.

 

Le plan Ecophyto, qui vise à réduire de moitié «si possible» l’usage des pesticides d’ici 2018, n’en finit donc pas de faire la démonstration de son échec. Et ce même après qu’une récente méta-analyse de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a mis en évidence que l’exposition des agriculteurs, des riverains des parcelles, tout comme des consommateurs, est délétère pour les organismes. L’Inserm concluait en effet que «des augmentations de risques significatives pour plusieurs pathologies ont été mises en évidence».

 



[1] Il rapporte la quantité de chaque substance active à une dose «unité» qui lui est propre et permet donc d’apprécier l’intensité du recours aux pesticides, indépendamment d’éventuelles substitutions de substances actives par de nouvelles substances efficaces à plus faibles doses. Il permet ainsi une meilleure appréciation de l’évolution des pratiques agricoles.

 

 

 



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