Moins de glaces, mais pas forcément plus d’eau

Le 26 septembre 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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On note une invasion de cumulus dans les cieux nord-américains.
On note une invasion de cumulus dans les cieux nord-américains.
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La plupart des glaces fondent. C’est entendu. Mais de grands progrès restent à faire dans la connaissance des cycles hydrologiques.

Pour les glaces, disons-le tout net, c’est une véritable débâcle. Où que l’on se tourne, ça fond. En Arctique, c’est la Berezina. La surface occupée par la banquise diminue de 3,9% par décennie, depuis 1979. La banquise pérenne étant la plus atteinte: -12,2% par décennie. Ceci s’explique, en partie, par un allongement de la période de fonte de plus de trois semaines depuis 1979. Aux antipodes, la conjoncture est moins affligeante qu’au nord. Certes, le terrain occupé par les glaces de mer tend à diminuer de 1,4% par décennie. Toutefois, la situation est contrastée. Dans certaines régions du continent antarctique, la glace progresse et la saison de fonte diminue, quand les phénomènes inverses se produisent ailleurs.

Moins de glaces, moins de neige

Glacier, le mot n’est pas tabou pour les rédacteurs du Giec. Malgré leur malheureuse pétouille de 2007, ils se sont remis à la tâche. Et ont commencé (en compilant les données de collègues, certes) à estimer (enfin) la surface occupée par les glaces (jadis) éternelles. Verdict: 739.820 kilomètres carrés (pour un volume voisin de 200.000 kilomètres cubes), l’équivalent du territoire chilien! Pour les skieurs, les nouvelles ne sont pas bonnes non plus.

Le champ skiable mondial a diminué de 8% (soit 7 millions de km2) entre les années 1970 et 2010, par rapport à la période 1920-1970. Ces chiffres risquent d’évoluer vite. Car les glaciers sont soumis à un régime de fonte accéléré. Même si les glaciologues s’écharpent encore sur la vitesse de fusion, celle-ci est estimée dans le cinquième rapport du Giec autour de 300 milliards de tonnes par an. Dit autrement, ils ont perdu 1% environ de leur surface, tous les ans, entre les années 1960 et 2000. Tout n’est pas linéaire pour autant. La fonte s’est ralentie dans certaines régions mais accélérée dans d’autres. Seule certitude: aucun n’a retrouvé sa taille des années 1980.

Menaces en Sibérie

Grosse inquiétude pour le devenir du permafrost. Ces régions où la terre est toujours gelée s’étendent sur 25 millions de km2 (50 fois la surface de la France). Ces trois dernières décennies, la température moyenne a pu y grimper de 3°C, avec des conséquences importantes. En Russie, des cryosols, épais d’une dizaine de mètres, ont intégralement dégelé entre 1975 et 2005. Dans la région de Vorkouta (république russe des Komis), la limite sud du permafrost est remontée de 80 km vers le nord. La dégradation du pergélisol provoque de nombreux dégâts, à commencer par des éboulements sur les glaciers, et des affaissements de terrains, notamment le long des côtes sibériennes.

Plus grave, ces sols gelés (continentaux et sous-marins) recèlent du méthane, piégé dans le terrain glacé sous forme d’hydrates, dont les réserves pourraient être supérieures à celles de tous les autres hydrocarbures. Selon les dernières évaluations, les émissions de méthane (principal composant de notre gaz naturel et puissant gaz à effet de serre) du permafrost atteindraient déjà 5 à 10 millions de tonnes par an. Toute cette eau en mouvement devrait changer notre quotidien. C’est le cas pour les habitants du littoral. Depuis 1993, tous ceux qui ont les pieds dans l’eau voient le niveau de la mer s’élever, en moyenne, de 3,7 millimètres par an. Près de la moitié de cette irrépressible marée est imputable à la fonte des glaces arctiques et antarctiques.

Où sont les cirrus?

Dans les airs, il semble que nos activités aient contribué à accroître le taux d’humidité ambiant, notamment dans les basses couches de l’atmosphère. Faut-il rappeler que la vapeur est un gaz… à effet de serre ? Encore mal évalué, le régime des précipitations a, semble-t-il, connu quelques modifications. Les précipitations hivernales (sous forme de neige ou d’eau) se seraient accrues, notamment au Canada, dans le nord de l’Europe et en Russie.

Les climatologues constatent toutefois que les chutes de neige ont diminué dans la plupart des régions des Etats-Unis (sauf dans les grandes plaines et dans la région des grands lacs), en Suisse, au Japon. Plus globalement, il a plu davantage sur les régions humides des tropiques et des latitudes moyennes. En revanche, l’eau du ciel s’est faite plus rare dans les zones subtropicales. Cette situation contrastée explique sans doute que le débit des principaux fleuves ne se soit pas accru, contrairement à ce qu’ont indiqué les auteurs du quatrième rapport.

Selon une étude de 2009 portant sur les 200 plus grands bassins fluviaux du monde, ce phénomène n’est perceptible que dans un tiers des régions étudiées. Autre révision: la tendance à l’accroissement des périodes de sécheresse depuis les années 1970 n’est pas confirmée. De même, les assureurs seront ravis d’apprendre que, finalement, l’on n’a pas constaté d’augmentation ni de la puissance ni du nombre de cyclones tropicaux en 40 ans.

Cependant, la couverture nuageuse n’est plus ce qu’elle était. Entre 1953 et 2002, le ciel canadien est devenu de plus en plus gris. Tout comme en Chine, entre 1990 et 2005. Entre 1971 et 1996, cette couverture s’est réduite au dessus de l’Amérique du Sud, de l’Eurasie et de l’Afrique, respectivement de 1,8% et de 0,6% par décennie. L’Amérique ne faisant jamais rien comme tout le monde, on y note un accroissement des cumulus mais une diminution des stratus. Les cirrus, eux, désertent les cieux de tous les continents.



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