Moins d’abeilles font plus de miel

Le 30 octobre 2018 par Marine Jobert
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Plus de miel que l'an passé?
Plus de miel que l'an passé?
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La production française de miel en 2018 sera deux fois plus importante que celle de l’année dernière, estime l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf), grâce à des floraisons généreuses et une météo idéale au nord du pays. Et ce en dépit des mortalités importantes constatées au printemps dernier.

Ce sont des estimations qui ne recoupent pas forcément les chiffres officiels. Selon l’Unaf, l’année 2018 a été un millésime exceptionnel, «notamment pour l’acacia, la lavande, le colza, le sapin et la luzerne, qui ont tous connu une floraison et une météo idéales», précise Henri Clément, porte-parole de l’Unaf. Ce sont surtout les ruches de la partie nord du pays, sur une ligne Nantes-Marseille, qui ont fait le plein. «Chez les apiculteurs, on dit que même les cailloux mielleraient, remarque Gilles Lanio, le président de l’Unaf. Sans ces taux de mortalité dramatiques, on aurait eu des récoltes vraiment exceptionnelles.»
Le Nord mielle plus
La filière apicole revient de loin. Les chiffres divergent: l’Unaf soutient que 10.000 tonnes seulement seraient sortis des ruchers français l’an passé, quand France Agri Mer évalue à 19.700 t la récolte de 2017. Pour cette année, le syndicat l’estime entre 18 et 20.000 t. «A comparer aux 33.000 t d’il y a 25 ans», s’inquiète Henri Clément. Car l’apiculteur est intarissable sur les dégâts du dérèglement climatique. Périodes de dormance escamotées par des hivers trop doux, vents du Nord prolongés qui dessèchent les fleurs et tarissent le nectar, gelées tardives de plus en plus fréquentes… «Chez nos collègues du nord de l’Europe, qui ne sont traditionnellement pas de gros producteurs, les conditions météo s’améliorent!, a constaté Gilles Lanio au dernier congrès international de la filière. En Suède, en Lituanie, certains sortent 50 kg par ruche!»
Pas de patron géographique
L’enquête nationale sur les mortalités hivernales des colonies d’abeilles conclut à une mortalité de 29,4% des colonies. Ce pourcentage de mortalité varie fortement d’une région à l’autre, et en fonction du nombre de colonies détenues, «avec un taux potentiellement rapidement plus élevé pour les apiculteurs détenant un petit nombre de colonies». Existe-t-il des contextes locaux qui expliqueraient ces disparités? «On n’identifie pas de patron géographique évident de la mortalité à l'échelle des colonies», précisent les chercheurs de l’Anses, de l’Itsap et de la DGAI. Certains départements contigus peuvent présenter des taux de mortalité contrastés, pouvant s’expliquer par la variabilité locale des causes potentielles du phénomène (conditions agro-environnementales, maîtrise des maladies, expositions à des produits toxiques, etc.). D’autres exploitations de données sont nécessaires. Une enquête qui a mis en pétard la Fédération française des apiculteurs professionnels, qui dénoncent le fait qu’«aucune analyse, aucune investigation pour déterminer les causes de ces mortalités» n’ont été engagées. «L’Etat persiste à payer des vétérinaires pour pointer des causes pathologiques, alors que l’on connaît très bien l’effet potentialisateur de certains pesticides sur des maladies, virus ou agents pathogènes.» «La profession est usée, prévient Gilles Danio. Quel secteur supporterait pareille casse?»

 



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