Mitt Romney nous promet l’indépendance énergétique

Le 23 août 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Doubler la production pétrolière US en 8 ans.
Doubler la production pétrolière US en 8 ans.

Le candidat républicain entend intégralement miser sa transition énergétique sur le pétrole. De quoi irriter le secteur des renouvelables, en forte croissance.

Il est parfois d’amusante coïncidence. Prévu du 27 au 30 août, la convention républicaine de Tampa, durant laquelle Mitt Romney sera officiellement intronisé candidat à la présidence, pourrait être perturbée par la tempête tropicale Isaac, un phénomène dont la recrudescence annoncée est l’une des conséquences des changements climatiques.

Changement climatique: un concept que le challenger du président Obama peine à utiliser. Pour preuve: son programme Energie, publié le 22 août par le parti républicain. Pesant 21 pages (dont la moitié est émaillée de citations d’articles et de communiqués d’organisations pro-business), le plan Romney-Ryan ne fait qu’une seule promesse: donner l’indépendance énergétique aux Américains d’ici 2020. De quoi faire sourire les observateurs. Car tous les candidats à la magistrature suprême, de Richard Nixon (en 1968 donc!) à Barack Obama, ont fait à leurs électeurs cette même promesse. Sans qu’aucun des locataires de la Maison blanche ne la tienne.

Mais cette fois, jure-t-on dans l’équipe de campagne du candidat du parti de l’éléphant, c’est la bonne. Car, c’est bien connu, ça n’est pas bien sorcier de réduire à néant les importations américaines de pétrole qui s’élèvent tout de même à 8 millions de barils de brut par jour: 6 fois plus qu’en France.

D’ailleurs, le Grand Old Party n’entend pas s’embêter avec des solutions complexes. Le ticket Romney-Ryan mise tout (ou presque) sur le pétrole. Ou plus précisément sur l’accroissement de la production nationale d’or noir. Suivant les traces de George W. Bush, le candidat républicain entend multiplier les zones où les prospecteurs d’huile pourront forer à leur aise. A commencer par l’Atlantique et précisément la zone côtière des Caroline et de la Virginie. Curieusement, le littoral californien (Etat potentiellement pétrolier, mais où seront élus nombre de grands électeurs) est épargné. A terre, c’est encore plus simple.

La gestion des terres fédérales (dont certaines sont réputées riches en hydrocarbures) sera transférée aux Etats qui auront toute latitude pour attribuer des permis d’exploration et d’exploitation. Terminé le contrôle fédéral. Place au local. Mais aussi à la coopération internationale.

Pour éviter que le gouvernement canadien ne vende trop de pétrole à la Chine, le futur président Romney autorisera, dès sa prise de fonction, la construction du fameux pipeline Keystone XL, qui évacuera, à travers des réserves naturelles, le brut canadien vers les raffineries du Texas [JDLE]. D’autres oléoducs seront aussi tirés dans le sud pour drainer le brut mexicain. Washington pourra même octroyer des aides publiques à ses deux voisins pour accélérer la prospection pétrolière sur leur sol.

Pour aller vite (il s’agit presque de doubler la production de pétrole US en 8 ans), le premier président mormon de l’histoire des Etats-Unis ne se laissera pas faire. Toutes les réglementations environnementales empêchant d’extraire en rond seront «modernisées».

Tout cela, bien sûr, pour le plus grand bien de l’économie et des consommateurs américains. Car, outre recouvrir son indépendance énergétique, la future «superpuissance énergétique», si elle applique le programme républicain, créera plus de 3 millions d’emplois, accroîtra son PIB de 500 milliards de dollars (632,5 milliards d’euros), apportera plus de 1.000 Md$ (1.265 Md€) de royautés aux finances publiques. Les «créateurs d’entreprise et les familles de la classe moyenne», eux, verront baisser le prix de l’énergie.

Un vrai conte de fée. A ceci près que l’ancien gouverneur du Massachusetts vend des idées qui n’ont jamais pu être mises en œuvre dans le passé. Durant ses deux mandats, George W. Bush a tenté d’imposer l’exploration pétrolière dans les zones protégées de l’Alaska. Sans jamais y parvenir.

D’autre part, l’industrie des renouvelables est devenue un secteur de poids outre-Atlantique. L’an passé, rappelle le conseil américain des énergies renouvelables, la filière a investi 48 Md$ (60,7 Md€) (+42% en un an, souligne Bloomberg). Elle emploie désormais près de 800.000 personnes. Or, dans ses 21 pages de programme, Mitt Romney ne mentionne les renouvelables qu’à trois reprises, quand le pétrole, lui, est évoqué 154 fois. «Nous n’atteindrons jamais notre indépendance énergétique si nous tournons le dos aux énergies renouvelables et à l’efficacité des moteurs de voiture», commente d’ailleurs Federico Pena, ancien secrétaire à l’énergie de Bill Clinton.

Le fils de l’ancien patron d’American Motors ne cache d’ailleurs pas les solides amitiés qu’il entretient avec le monde du Big Oil. Selon open secrets, le site de suivi de la finance politique, le secteur énergétique a déjà alloué 4,2 M$ (5,3 M€) au financement de la campagne du candidat républicain, soit trois fois plus que pour son concurrent démocrate.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus