Mise à jour d’une pollution vieille de 800 ans

Le 02 octobre 2006 par Agnès Ginestet
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Des résidus issus de la fusion de minerais sont étudiés dans le parc national des Cévennes (Lozère). Provenant d’une activité métallurgique médiévale, leur impact sur l’environnement est actuellement évalué.

C'était probablement le centre de traitement du plomb argentifère le plus important d'Europe. Il regroupait 70 sites métallurgiques où l'on fondait le minerai, clairsemé dans le massif du Mont Lozère. Quelques siècles plus tard, des tas de scories, résidus de fusion contenant des métaux lourds comme le plomb, le zinc et le cuivre, jalonnent encore le paysage. Certaines de ces pépites de pollution dévalent même la pente pour atterrir dans des tourbières en contrebas et se retrouvent dans des sédiments.

Ce scénario a pu être reconstitué grâce aux travaux d'un collectif de recherche dirigé par Alain Ploquin, du Centre de recherches pétrographiques et géochimiques (CRPG) de Nancy (Meurthe-et-Moselle). Archéologues, paléométallurgistes et géochimistes ont fouillé les lieux pour mieux comprendre les activités qui étaient exercées dans ces lieux et remonter à l'origine de la pollution.

Jean Carignan, géochimiste du CRPG, a participé à trois des études. «Nous avons pu étudier la pollution à la fois dans le temps et dans l'espace», explique-t-il. Des échantillons ont en effet été prélevés autour des sites métallurgiques et au niveau des tourbières voisines puis ont été datés au carbone 14. Dans un premier temps, les chercheurs ont identifié les scories comme étant la source de l'excès de plomb trouvé dans le sol et retrouvé les gisements de minerais qui leurs sont associés. Des carottes extraites des tourbières mesurant environ 1,5 mètre de long ont servi d'axe chronologique couvrant une période d'environ 2.000 ans. Les éléments les plus proches de la surface étant les plus récents. Les pics de concentrations en plomb identifiés remontent au 12e ou 13e siècle, mais une activité métallurgique gauloise de presque 2000 ans est également suspectée.

Les chercheurs ont aussi analysé la dispersion dans l'espace actuel des métaux lourds à partir des épanchements de scories. C'est l'érosion qui a conduit au transport des scories le long de la pente et à une redistribution de la pollution dans les sols. Le plomb et l'antimoine sont restés quasiment intacts alors qu'une fraction du zinc s'est détaché des pépites après avoir été mis en solution dans les eaux de ruissellement.

«Dans les sols non pollués, le plomb est présent à des concentrations de l'ordre de 25 à 50 parties par millions (ppm). Dans les scories, la teneur est plus de 100.000 ppm», indique Jean Carignan. Les études menées font d'ailleurs état de la disparition d'arbres autour des sites de fonderie reflétant l'impact de ces métaux lourds. La végétation qui a réussi à pousser à ces endroits est, selon les observations menées, en mauvais état et les arbres et buissons présents souvent plus petits que ceux qui poussent dans des zones non polluées. «Nous avons voulu expliquer avec cette étude qu'une pollution de ce genre dure longtemps, des centaines voire des milliers d'années. On ne peut pas dire que dans 100 ou 200 ans il n'y aura plus rien», souligne Jean Carignan.

Certaines augmentations de concentration en plomb au niveau des carottes de tourbe ont aussi été reliées à des épisodes de déforestation. Les fonderies étaient en effet installées près de forêts de hêtres pour les utiliser comme combustibles, et ils sont aujourd'hui presque absents de ces zones.

Pour le service scientifique du parc national des Cévennes, la pollution du Mont Lozère concerne une superficie négligeable et aucun éventuel impact environnemental lié à la présence des scories n'a été démontré. Des analyses de toxicité menées sur des rapaces n'auraient montré aucune teneur anormale en métaux lourds. Une étude réalisée sur des truites est actuellement en cours pour déterminer si la chaîne alimentaire est contaminée par la pollution moyenâgeuse.




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