Mines: la renaissance pour sortir de la dépendance?

Le 22 janvier 2019 par Marine Jobert
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Une mine de lithium.
Une mine de lithium.
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«Faire renaître l'exploitation minière, en France métropolitaine ou la développer Outre-mer, ne doit pas être tabou.» A la faveur d’un avis sur les matériaux stratégiques, le Conseil économique, social et environnemental (Cese) affiche son soutien à une relance de l’activité minière.

Revoilou la réforme du code minier. Depuis la blitzkrieg des gaz de schiste, l’espoir de voir renaître l’activité minière made in France traîne de gouvernement en gouvernement. Sans aboutir. Quelques décrets sont modifiés, qui allègent les procédures, comme en Guyane. Mais c’est le statu quo. Alors que le sujet est largement renseigné, le Cese publie ce 22 janvier un avis sur les métaux stratégiques. Pour dire quoi? Qu’il faut relancer l’activité minière en France. Une antienne, dans le milieu minéral.

Gisements lointains

Car le tungstène, le cobalt, l’antimoine et certaines terres rares et platinoïdes, liste le Cese, seraient «essentiels à la politique économique ou régalienne», comme notamment l’aéronautique, la construction, l'automobile, le spatial, la défense, le nucléaire ou encore, l’électronique. Or, et ça n’est pas un scoop, la plupart des grands gisements mondiaux sont concentrés dans un cercle de pays assez restreint: Chine, Russie, Etats-Unis, Brésil, Afrique du Sud, République démocratique du Congo (RDC), et quelques Etats d’Amérique du Sud. La plupart des Etats, dont la France, se sont tournés vers l'approvisionnement le moins cher, «donc souvent le plus polluant et le moins disant socialement». A quoi s’ajoute le fait que l’économie circulaire –«la mine urbaine»– ne tiendra pas ses promesses, pour de multiples raisons.

BRGM en force

Bref, et l’exhorte n’est pas nouvelle: il est urgent d’«afficher une volonté politique forte de sécuriser l'approvisionnement de l'industrie française en métaux stratégiques», y compris en direction des pays détenteurs de ces ressources convoitées. Et d’y mettre les moyens, en particulier en faveur du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), du Comité pour les métaux stratégiques (Comes) et de l'Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). D’autant que la France n’est pas si mal placée au plan industriel pour ce qui est des usines métallurgiques de recyclage des métaux, tant pour les filières traditionnelles, comme celle des aciers spéciaux, que des filières émergentes, comme celles des batteries, des téléphones portables, du démantèlement des avions ou des bateaux.

Feuille de route

Le cœur de ce rapport réside au final dans cette phrase: «Faire renaître l'exploitation minière, en France métropolitaine ou la développer Outre-mer, ne doit pas être tabou.» Et tout y passe: redevances fiscales pour les collectivités, emplois, renforcement de la crédibilité de nos entreprises minières à l’étranger, etc. Bien sûr, ce renouveau risque de ne contribuer «que de façon modeste aux besoins de l'industrie». Et bien sûr, les «très fortes oppositions locales» surgissent «pour des raisons compréhensibles et souvent justifiées». La feuille de route coule de source: retisser la confiance, réformer le code minier, imposer le concept de «mine responsable», mettre à jour l’inventaire minier par le BRGM, redéfinir les processus de concertation. Sera-ce plus coûteux de respecter le code de l’environnement, dans le contexte de far west actuel? «La situation actuelle étant un blocage complet, il y aura de toute façon progrès. (…) Le coût des externalités doit être pris en compte dès la réflexion sur le projet. C’est aussi le prix de notre indépendance.» L’avis s’achève sur un dissensus concernant l’opportunité de reprendre l'étude du projet 2014 d'une compagnie des mines de France, projet cher à Arnaud Montebourg, qui a capoté depuis.



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