Mines et agroalimentaire: des activités meurtrières

Le 30 juillet 2019 par Stéphanie Senet
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Aux Philippines, l'agrobusiness a tué 15 personnes défendant leurs terres
Aux Philippines, l'agrobusiness a tué 15 personnes défendant leurs terres

Au moins 164 défenseurs de l’environnement et des droits à la terre ont été tués l’an dernier dans le monde, selon le bilan funeste publié ce 30 juillet par l’ONG britannique Global Witness.

Si la tendance est à la baisse, le bilan reste lourd. La défense de l’environnement et des droits à la terre a coûté la vie à 164 personnes en 2018. Soit plus de trois personnes par semaine. Le chiffre réel est sans doute plus élevé, compte-tenu du secret et de l’absence d’enquête qui entourent ces décès. Le nombre de victimes s’élevait à 207 en 2017 et à 200 en 2016.

Pour la première fois[1], les Philippines détiennent le record mondial, avec 30 morts enregistrés en 2018. Les années précédentes, cette place était détenue par le Brésil et la Colombie. Aux Philippines, la moitié des décès sont liés à l’agrobusiness, selon l’ONG britannique.

Massacre et déplacements forcés

Un massacre s’y est déroulé le 20 octobre dernier lorsque 9 producteurs de canne à sucre (dont 3 femmes et 2 adolescents) ont été tués par balles et brûlés devant leur tente, sur l’île de Negros.

Des peuples indigènes, qui ont vécu depuis de nombreuses générations sur leurs terres, sont souvent forcés de les quitter, après leurs ventes à de riches investisseurs. Une situation qui s’est accélérée depuis la décision du président Rodrigo Duterte, en 2017, d’allouer 1,6 million d’hectares de plantations à des groupes industriels, sur l’île de Mindanao où sont surtout exploités le caoutchouc, la banane et l’ananas. Une île qui a vu 10 militants environnementaux mourir en 2018.

Selon Vicky Tauli-Corpu, rapporteure spéciale des Nations Unies pour les peuples autochtones et elle-même Philippine, ces peuples sont de plus en plus victimes d’attaques, de stigmatisation, de déplacements forcés et de violations de leurs droits par l’administration. Cette déclaration l’a conduite, en février 2018, à être placée sur la liste des terroristes élaborée par le gouvernement philippin.

Philippines, Colombie, Inde

Si Global Witness a enregistré 30 morts aux Philippines, elle en compte 24 en Colombie, 23 en Inde, 20 au Brésil, 16 au Guatemala, 14 au Mexique, 8 en République démocratique du Congo, 6 en Iran, 4 au Honduras, 3 en Ukraine, 3 au Venezuela, 3 au Cambodge, 2 au Kenya, 2 en Gambie, 2 au Chili, 1 au Pakistan, 1 au Sénégal, 1 en Afrique du Sud et 1 en Indonésie.

Au niveau mondial, l’exploitation minière s’avère la plus meurtrière avec 43 décès, devant l’agrobusiness (21), les sources d’eau et les barrages (17), l’industrie du bois (13), le braconnage (9), la pêche (2), et l’industrie éolienne (1)[2].

La France est aussi épinglée dans ce rapport. Citant l’ONG Civicus, Global Witness affirme que 200 policiers ont fait une descente, en juin 2018, dans 10 lieux où vivaient des militants anti-nucléaire, plaçant 7 personnes en garde à vue et arrêtant l’avocat du groupe. Un évènement justifié par le procureur au nom d’une enquête lancée en 2017 mais réfutée par les militants, qui estiment être victimes d’une montée en puissance des arrestations en France depuis les attaques terroristes de 2015.

 



[1] Depuis le premier rapport annuel publié par l’ONG en 2012

[2] 55 décès ne sont rattachés à aucun secteur en particulier et 7 à « d’autres secteurs »

 



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