Mines cévenoles: une population plombée de métaux lourds

Le 12 février 2016 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Des sites fortement contaminés
Des sites fortement contaminés
Frédéric Ogé

Les résultats sont tombés jeudi 11 février: 46 habitants de cinq communes des Cévennes gardoises, parmi les 675 ayant accepté les tests proposés par les autorités, vont bénéficier d’un suivi médical personnalisé en raison d’une forte imprégnation par les métaux lourds. En cause, une pollution élevée liée à la présence de deux anciens sites miniers.

Fermés en 1955 et 1971, les mines de Carnoulès et de La Croix-de-Pallières, dans le nord du Gard, exploitaient du zinc, du plomb, ainsi que, pour la seconde, de la pyrite, de l’argent, du cadmium et du germanium. Cette activité a engendré une pollution très élevée par les métaux lourds, longtemps ignorée (voire passée sous silence) avant d’être pour la première fois quantifiée en 2008.

Des études commanditées en 2012 par la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) du Languedoc-Roussillon ont par la suite confirmé des teneurs très élevées en plomb et en arsenic dans certains prélèvements du sol pour les deux sites, ainsi qu’en cadmium pour le site de La-Croix-de-Pallières.

Face à la crainte des riverains, l’agence régionale de santé (ARS) du Languedoc-Roussillon a annoncé en mai 2015 le lancement d’une campagne de surveillance sanitaire destinée aux 2.849 habitants de cinq communes exposées, à savoir Saint-Félix-de-Pallières, Thoiras et Tornac (site de La-Croix-de-Pallières), Saint-Sébastien-d’Aigrefeuille et Générargues (site de Carnoulès). Les résultats des analyses sanguines et urinaires ont été livrés jeudi par l’ARS, et ils sont plus qu’inquiétants.

46 personnes fortement contaminées

Sur les 675 personnes qui se sont prêtées au test, 46 ont été directement contactées par téléphone par l’ARS, en raison d’une imprégnation dépassant les valeurs de référence pour les trois métaux lourds testés, à savoir l’arsenic, le plomb ou le cadmium. Ces personnes se sont vues proposer un suivi médical personnalisé, avec leur médecin traitant et un médecin accompagnateur de l’ARS.

D’autres, moins imprégnées, ont été invitées à prendre contact avec leur médecin traitant. «Dans la majorité des cas dépistés, les personnes présentent des résultats d’imprégnation sans gravité», assure l’ARS. L’agence va maintenant s’attaquer à l’analyse des questionnaires sur les habitudes de vie et les comportements alimentaires.

Contacté par le JDLE, Gérard Bouchacourt, médecin généraliste retraité d’Anduze qui suit le dossier depuis plusieurs années, avance que la gravité de la situation pourrait être sous-estimée: «si on pouvait dépister l’intégralité de la population, on aurait probablement d’énormes surprises». D’autant qu’Anduze, commune à forte activité touristique de 3.400 habitants et située à quelques kilomètres des deux sites, a été exclue du dispositif, regrette-t-il.

L’«omerta» devant la justice

Cette pollution a longtemps fait «l’objet d’une omerta», déplore le médecin. Paralysées par la polémique, les autorités «se débarrassent du sujet en le filant à l’ARS», juge-t-il. «Mais les gens demandent avant tout que la zone soit dépolluée», ajoute-t-il. Une hypothèse pour l’instant exclue par les autorités, en raison de son coût élevé –entre 650 et 800 euros par mètre cube de terre à dépolluer.

En matière de prévention, c’est une fois de plus l’ARS qui s’y est collée, avec des «conseils sanitaires» peu rassurants. Entre autres, il s’agit d’éviter ou de limiter la consommation de fruits et légumes cultivés sur sols potentiellement contaminés, de limiter l’entrée de poussières extérieures dans les habitations (notamment par les chaussures ou les animaux), d’éviter les sols nus autour des habitations en les recouvrant par un dallage ou du gravier, de ne pas laisser les enfants jouer dans la terre et même de se couper les ongles courts.

De quoi un peu plus irriter la population, et notamment l’Association pour la dépollution des anciennes mines de la Vieille Montagne (ADAMVM), qui s’est décidée à mener l’affaire en justice. Epaulée par l’association Générations futures et défendue par Marie-Odile Bertella-Geffroy (ex-magistrat coordonnatrice du pôle de santé publique au TGI de Paris), avocate au barreau de Nanterre, elle a annoncé en janvier qu’elle allait porter plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui, blessures involontaires et pollution des eaux.

D’autres actions sont en cours au civil, lancées par des habitants des communes touchées. Contacté par le JDLE, leur avocat nîmois, Charles Fontaine, indique qu’une expertise a été ordonnée par le tribunal administratif de Nîmes, afin de mesurer le niveau de pollution sur leurs propriétés, éventuellement d’établir un lien avec les résultats d’analyse sanguine.

Pour l’avocat, «ces gens ne peuvent pas vendre leur propriété, ne peuvent pas la transmettre à leurs enfants: qu’est-ce qu’on fait d’eux? Est-ce qu’il faut les aider à déménager? Est-ce qu’on leur signe un chèque?». A ce jour, l’expertise a été ordonnée pour deux habitants, mais d’autres, au moins quatre, ont déjà contacté son cabinet.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus