Minamata: l'Etat japonais enfin reconnu responsable

Le 23 novembre 2004 par Claire Avignon
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Minamata bay
Minamata bay

Après les deux entreprises à l'origine de l'empoisonnement au mercure de milliers de Japonais, c'est au tour des pouvoirs publics d'être condamnés pour leur négligence. 50 ans après les faits.

Connu comme l'un des premiers cas de pollution chronique ayant un impact sur la chaine alimentaire due à une activité industrielle, l'empoisonnement au mercure de Minamata continue à faire parler de lui. Outre de nombreuses recherches médicales sur le sujet, le volet judiciaire vient de connaître son –dernier? - rebondissement avec la condamnation le 14 octobre dernier par la Cour suprême du Japon du gouvernement central et préfectoral de Kumamoto. Ils ont été déclarés responsables administrativement pour faute («administrative malfeasance»). Les 45 plaignants ont gagné une action qu'ils avaient déclenchée en 1982. L'Etat devra leur verser 71,5 millions de yens (530.000 euros). Selon la Cour suprême, les gouvernements nationaux et locaux de l'époque étaient en position de reconnaître la cause de la maladie dès 1959, ce qu'ils n'ont pas fait. De plus, ils n'ont pas appliqué correctement la loi sur le contrôle de la qualité de l'eau. Ils ont préféré protéger les entreprises, principaux employeurs des deux villes touchées, Minamata et Niigata.

En 1953, plusieurs personnes vivant à Minamata, ville située au bord de la mer de Shiranui à l'extrême sud du Japon, souffrent de troubles neurologiques d'origine inconnue. Les symptômes sont nombreux: perte auditive et visuelle, perte du contrôle moteur, paralysie, tremblements etc. Certains meurent bientôt. Des bébés naissent avec des déficiences mentales et physiques graves. On compte jusqu'à 30% d'enfants touchés avant que les médecins ne conseillent l'avortement aux femmes empoisonnées.

La première reconnaissance officielle a lieu en 1956, lorsque le centre de santé publique de Minamata est prévenu de la mystérieuse épidémie qui touche aussi bien les hommes que les animaux. Des chercheurs de l'université de Kumamoto établissent en 1959 un lien entre ce qu'ils considèrent comme un empoisonnement dû à un métal et l'usine de production d'acétaldéhyde du chimiste Chisso Corporation. L'entreprise utilise en effet du mercure comme catalyseur et le rejette à l'eau, et cela depuis 1932. En tout, elle aurait déversé dans la mer 27 tonnes de composés de mercure. Or les habitants de Minamata mangent beaucoup de poissons pêchés dans la mer. Pourtant aucune mesure n'est prise par les autorités ou l'industriel. Des symptômes similaires de mauvais fonctionnement du cerveau apparaissent en 1965 à Niigata, sur la côte ouest. Cette fois-ci, c'est l'usine Showa Denko Company qui déverse du mercure dans la rivière Agano. Le groupe de chimie stoppe la même année sa production d'acétaldéhyde. Mais il faudra attendre 1968 pour que les rejets cessent de contaminer l'environnement, plus de dix ans après les premières suspicions.

Il s'avère difficile aujourd'hui d'évaluer l'impact de la pollution. L'Etat japonais a officiellement reconnu 2.265 personnes empoisonnées par la mer de Shiranui et 690 par la rivière Agano, alors que plus de 17.000 personnes ont essayé de faire reconnaître leur maladie. Les 2.955 malades reconnus ont obtenu en mars 2001 de l'Etat japonais 144.1 milliards de yens (1,07 milliard d'euros) d'indemnisation. Mais certains ont préféré demander réparation devant la justice pour que soit reconnue officiellement la responsabilité de l'Etat. Maintenant que la Cour suprême s'est prononcée, les procès devraient cesser puisque les chimistes Showa Denko et Chisso ont déjà été condamnés.




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