Mieux gérer l’eau urbaine: le défi du siècle

Le 08 avril 2011 par Célia Fontaine
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
A mesure que les bidonvilles s'agrandissent, la qualité de l'eau s'appauvrit...
A mesure que les bidonvilles s'agrandissent, la qualité de l'eau s'appauvrit...

Comment répondre aux défis de la gestion de l’eau dans les milieux urbains? Tel est le thème de la 18e journée mondiale de l’eau, qui se tient aujourd’hui 22 mars.

D’ici une vingtaine d’années, près de 5 milliards de personnes vivront en ville (60% de la population). Cette croissance démographique s’effectuera pour l’essentiel dans les pays en développement. Et ne sera pas sans impact sur les réseaux d’eaux urbains... car l’urbanisation a des effets sur le cycle hydrologique et les ressources en eau.

Si aujourd’hui 1,4 milliard de personnes sont mal alimentées en eau potable sur la planète, soit 20% de la population mondiale[1], 1 citadin sur 4, soit 789 millions de personnes, n’a pas accès à des infrastructures d’assainissement dignes de ce nom. Cela étant, la situation s’améliore. Environ 497 millions de citadins peuvent utiliser des sanitaires, contre 249 millions en 1990.[2]

En milieu urbain, les technologies qui permettent de produire de l’eau potable sont nombreuses. Et la recherche va toujours plus loin pour offrir des installations encore plus sobres et plus compactes. Il existe des procédés de coagulation (qui permettent de débarrasser l’eau des matières en suspension), des procédés d’absorption sur un solide (qui jouent un rôle d’éponge), des membranes, filtres de synthèse à porosité contrôlée, (qui filtrent les indésirables et laissent passer les substances souhaitées)... Outre ces techniques mécaniques, la désinfection à l’aide de produits chimiques, comme le chlore ou l’ozone, est couramment utilisée. Ces procédés sont souvent combinés entre eux.

Les eaux de surface qui alimentent les installations urbaines sont parfois contaminées par une grande diversité de micropolluants et de microorganismes, qui peuvent résister aux désinfectants comme le chlore. Dans ce cas, d’autres techniques encore plus élaborées ont été développées, comme le rayonnement ultraviolet pour éliminer les protozoaires Giardia et Cryptosporidium : les UV pénètrent la paroi des cellules de ces micro-organismes et bloquent leur capacité de reproduction.

«Toutes ces techniques, proposées par des compagnies privées, sont efficaces, mais leur coût est très élevé. Trop pour les pays qui en ont besoin», explique au Journal de l’environnement Paulin Coulibaly, professeur agrégé en génie civil à l'université de McMaster, en Ontario (Canada). Or, en Afrique, les centres urbains grandissent à un rythme encore plus impressionnant que dans le reste du monde. Aujourd’hui, 40% de la population africaine vivent dans des milieux urbains, et 60% dans des bidonvilles où l’accès à l’eau et aux sanitaires est approximatif.

Selon un rapport publié le 21 mars par le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), il faudrait davantage «soutenir le rôle du secteur privé, qui assiste les autorités gouvernementales et municipales dans la gestion de l’eau et des services sanitaires». Pour cela, l’institution onusienne précise que l’approche basée sur les forces du marché n’est pas la meilleure option pour approvisionner en eau les espaces urbains de manière soutenable, en raison de l’extrême pauvreté des populations. En somme, les compagnies privées doivent s'investir, mais ne pas trop compter sur le profit dans ces pays...

La Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont par ailleurs souvent exigé des pays en développement la libéralisation et la privatisation des systèmes d’approvisionnement en eau en contrepartie de mesures de désendettement ou de nouveaux crédits. Mais avec ce système, les prix augmentent, les grandes villes sont favorisées et les régions rurales délaissées. On assiste à peu d’investissements propres: les risques sont transférés sur la population et l’Etat.

«Plutôt que de construire des systèmes de purification de l’eau onéreux, des actions de préservation des bassins versants peuvent être mises en place», souligne le professeur Coulibaly. En effet, en éloignant les sources de pollution proches des bassins (agriculture, etc.), l’eau a plus de chances d’être de bonne qualité et se contentera d’un traitement minimal.

Le rapport du Pnue montre également que des progrès sont à réaliser dans la chasse au gaspillage de l’eau. A Nairobi (Kenya), la population est passée de 119.000 habitants en 1948 à 3,1 millions aujourd’hui, avec près de 200 bidonvilles autour de la ville qui ont un accès limité à une eau saine. Le plus grand bidonville, Kibera, reçoit environ 20.000 mètres cubes d’eau par jour, mais 40% de cette eau est perdue en cours de route à cause des fuites et des infrastructures dilapidées.

Afin de financer des projets pour l'accès à l'eau et aux services d'assainissement dans les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), la Commission européenne a annoncé le 22 mars avoir mobilisé 40 millions d’euros dans le cadre de la «Facilité ACP-UE pour l'Eau».

«Le nouvel instrument permettra d'accroître l'effet de levier de l'aide financière et une plus grande participation du secteur privé. Il participe également aux efforts de l'UE pour aider les pays en développement à atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement relatifs à l'eau potable et l'assainissement», précise le communiqué de la Commission.

Reste qu’il s’agit d’une goutte d’eau face aux besoins actuels…



[1] Ce chiffre devrait doubler en 2050 pour atteindre 1/3 de la population.

[2] Source: Décennie internationale d'action: l'eau source de vie, UNW-DPAC



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus