Mieux cerner le saturnisme

Le 12 septembre 2006 par Agnes Ginestet
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En Australie et aux Etats-Unis, agences de santé et chercheurs s’inquiètent car des enfants souffrent encore de maladies liées au plomb. Ils remettent en cause la limite de concentration sanguine établie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour ce métal.

Maux de tête, troubles d'apprentissage, retards mentaux; convulsions, coma et mort. Telles peuvent être chez l’enfant les manifestations liées à une forte teneur en plomb dans le sang. Au-delà du seuil de sécurité de 10 microgrammes par décilitre (μg/dl) de sang fixé par l’Organisation mondiale de la santé, les taux sont considérés comme anormaux. Mais un article de The Australian publié le 31 août vient de faire renaître un débat qui existe déjà aux Etats-Unis depuis plusieurs années: certains symptômes apparaîtraient aussi chez des enfants ayant un taux de plomb inférieur à 10 μg/dl. «Cette valeur n’a pas été fixée par l’OMS en fonction des informations disponibles sur ce qui se passait en dessous, mais parce qu’elle semblait constituer un seuil pragmatique», a déclaré Peter Bathurst, de l’université d’Adélaïde.

Le chercheur va mener avec son équipe une étude sur le développement du cerveau des enfants habitant dans les villes industrielles de Port Pirie et Broken Hill. Le but est de vérifier si le seuil de 10 μg/dl est justifié ou non. 300 enfants âgés de 7 ou 8 ans avant 2008 seront concernés. Leur sang sera analysé pour y mesurer les concentrations en plomb. Leur quotient intellectuel (QI), capacités cognitives et comportement émotionnel seront également testés.

Aux Etats-Unis, deux études publiées en avril 2003 avaient renforcé le débat. L’équipe de Richard Canfield de l’Université de Cornell à New York a mesuré les concentrations sanguines en plomb de 172 enfants âgés de 6 à 60 mois (1). Lorsque ces enfants ont atteint l’âge de 3 puis de 5 ans, ils ont été soumis à des tests de QI. Les chercheurs ont observé q’une augmentation de 1 à 10 μg/dl de plomb au cours de la croissance des enfants correspondait à une diminution de QI de 7,4 points. Quand les niveaux augmentaient de 10 à 30 µg/dl, le QI diminuait seulement de 2 à 3 points.

La seconde étude a été menée par l’équipe de Sherry G. Selevan de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) (1). Elle a montré que chez des filles âgées de 8 à 18 ans, les Afro-américaines et les Hispaniques ayant une concentration de 3 µg/dl présentaient des retards significatifs de développement au niveau de la poitrine et des poils pubiens. Chez les jeunes filles de couleur blanche, aucun retard significatif de développement n’a été associé à cette teneur en plomb.

«Il y a de plus en plus de preuves montrant que les concentrations en plomb communément décelées, y compris celles qui sont inférieures à 10 µg/dl, pourraient détériorer les fonctions cognitives. Aucun seuil n’a encore été identifié concernant cet effet». C’est ce qu’a affirmé l’Académie américaine de pédiatrie (AAP) en octobre 2005, dans ses lignes directrices pour prévenir, détecter et gérer l’exposition au plomb des enfants. Roberto Bertolini est membre de la branche environnement de l’OMS. Il s’est exprimé à ce sujet le 5 septembre lors de la conférence internationale d’épidémiologie et d’exposition environnementales. Selon lui, abaisser le seuil de sécurité au fil des années a eu un impact positif puisque les niveaux de plomb détectés chez les enfants ont baissé, et la remise en cause du seuil de 10µg/dl par certains chercheurs montre bien les limites de nos connaissances.

Un programme de prévention des empoisonnements des enfants au plomb (CLPPP) est mené aux Etats-Unis par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC). Avec l’aide d’autres organismes comme l’EPA, l’objectif national est de supprimer, d’ici 2010, les empoisonnements au plomb de la liste des problèmes de santé publique. En 2003, les CDC ont par exemple attribué 31,7 millions de dollars à 42 Etats du pays et aux départements de santé locaux pour développer leurs efforts en matière de prévention.

Le nombre d’enfants ayant des taux anormaux de plomb dans le sang a été divisé par 10 depuis 1978 aux Etats-Unis. Mais l’AAP considère que 25% des 16,4 millions de foyers avec un ou plusieurs enfants âgés de moins de 6 ans sont toujours exposés à des quantités significativement élevées de plomb.

(1) Intellectual impairments in children with blood lead concentrations below 10 μg/dl, Richard L. Canfield et al., New England Journal of medicine, Volume 348:1517-1526, n°16, april 17 2003

(2) Blood lead concentration and delayed puberty in girls, Sherry G. Selevan et al., The New England journal of medecine, vol. 348:1527-1536, n°16, april 17, 2003.


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