Microsoft: une décarbonation en trompe-l’œil

Le 23 janvier 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Microsot : bienvenu au pays du (presque) zéro carbone.
Microsot : bienvenu au pays du (presque) zéro carbone.
DR

Le géant de l’informatique entend compenser l’intégralité du CO2 émis depuis sa création. Sans pour autant interrompre ses collaborations avec l’industrie pétrolière.

 

L’annonce a fait tout le bruit médiatique que l’on attendait d’elle. Dans un post, dont ses communicants ont le secret, Microsoft a annoncé, le 16 janvier, qu’elle allait non pas devenir neutre en carbone, mais carbon negative. Vous avez bien lu.

Le programme comporte plusieurs étapes. D’ici à 2030, la compagnie cofondée par Bill Gates vise la neutralité carbone. Comme nombre de multinationales de taille comparable, la firme de Redmond ne va plus consommer que de l’électricité issue d’énergies renouvelables (2025). Elle se donne jusqu’à la fin de la décennie pour électrifier totalement sa flotte de véhicules. Les immeubles de ses campus de la Silicon Valley et de Redmond (125 bâtiments) seront certifiés zéro carbone[1].

taxe carbone interne

Plus audacieux, Microsoft veut aussi réduire à néant ses émissions du scope 3. C’est-à-dire celle produite par les utilisateurs de ses logiciels et de ses services. Dès le mois de juillet prochain, toutes les unités du groupe s’acquitteront d’une taxe carbone interne. D’une montant de 15 $ par tonne de CO2, son montant total sera calculé au prorata des rejets carbonés des fournisseurs et des usages des produits maison.

L’argent collecté abondera le Climate Innovation Fund. Microsoft estime pouvoir ainsi réunir 1 milliard de dollars (902 M€) en 4 ans. Représentant 2% du bénéfice annuel de l’entreprise, cette manne servira à financer des programmes de compensation (plantation de forêts) et la mise au point de technologies d’extraction du CO2 de l’atmosphère. Objectif retirer, à l’horizon de 2050, l’équivalent de tout le gaz carbonique émis par l’entreprise depuis sa création en 1975. Voilà comment Microsoift espère devenir carbon negative.

quid des contrats pétroliers?

Problème, dans sa comptabilité carbone, le dernier des Gafam oublie une partie de son empreinte carbone. Comme ses concurrents, le créateur de MSDOS se développe considérablement dans l’informatique en nuage. Ce cloud ne consiste plus seulement à mettre à disposition des data centers pour y stocker des volumes croissant de données, mais aussi à offrir de fantastiques capacités de calculs complexes. Cette dernière fonctionnalité est très recherchée par les physiciens, les météorologues, les climatologues et … l’industrie pétrolière.

D’Amazon à Google, en passant par Microsoft, les grandes compagnies de la hi-tech ont conclu des partenariats avec les Majors pétrolières pour modéliser leurs gisements d’hydrocarbures ou traiter de très grands volumes de données (résultats de campagnes sismiques). Le cloud et l’intelligence artificielle se sont mis au service des exploitants de l’or noir. Ces derniers mois, Google et Amazon ont même créé des divisions pétrolières.

modélisation et gestion des stations services

Microsoft n’en est pas encore là. Mais en novembre 2018, la firme proposait les services d’Azur, sa filiale Cloud au salon international du pétrole d’Abou Dhabi (Adipec 2018). Un an plus tôt, la compagnie américaine Chevron avait choisi les services en nuage d’Azur, tout comme la parapétrolière Schlumberger, quelques mois plus tôt. Les systèmes d’intelligence artificielle de Microsoft aident BP à déterminer combien d’huile et de gaz elle pourra extraire d’un puits. Azur a aussi développé un système, combinant vidéo et informatique, pour gérer les 44.000 stations services de Shell. Exxon et Azur fêteront prochainement le premier anniversaire de leur partenariat. Une collaboration grâce à laquelle, le pétrolier texan espère accroître de 55.000 barils de brut par jour sa production dans le bassin permien (nord-ouest du Texas).

La décarbonation annoncée signe-t-elle la fin de ces contrats? Pas vraiment. «Nous allons continuer à travailler avec tous nos clients, y compris ceux de l’industrie du pétrole et du gaz», précise Microsoft, dans son post. «Pour devenir vraiment carbon negative, Microsoft doit mettre un terme à ses contrats d’intelligence artificielle avec le Big Oil», lui répond Elizabeth Jardim, de la branche américaine de Greenpeace.



[1] International Living Future Institute Zero Carbon certification and LEED Platinum