Michel Vergnier: «nous allons manquer d’eau dans 100 jours»

Le 28 août 2019 par Stéphanie Senet
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Michel Vergnier reconnaît "ne pas l'avoir vu venir"
Michel Vergnier reconnaît "ne pas l'avoir vu venir"

Le jour zéro de l’approvisionnement en eau potable n’est plus une hypothèse théorique en France. Le maire de Guéret, Michel Vergnier (PS), estime que les capacités de production actuelles, réduites de 70% à cause de la sécheresse, seront insuffisantes dans 100 jours. 

 

Quelles sont les capacités actuelles de production d’eau potable à Guéret ?

Nous disposons d’une soixantaine de points de captage d’eau souterraine depuis une quinzaine d’années. Et très sincèrement, nous pensions être à l’abri de tout besoin pendant 50 ans au moins. Mais nous avons dû revoir notre évaluation cet été. Non seulement ces captages ne suffisent plus, avec une production réduite de 70% par rapport à la normale à cause de la sécheresse, mais le complément dont nous disposons, en pompant dans la Gartempes, n’est plus suffisant non plus.

 

Quels sont les besoins de la ville ?

Pendant les vacances estivales, la consommation des 14.000 habitants s’élève à environ 2.000 mètres cubes par jour. Gartempe comprise, nous n’avons aujourd’hui que 1.850 m3 à disposition. Soit un manque de 150 m3 par jour, qui sera malheureusement accru à partir de la semaine prochaine, à cause de la fin des vacances et de la reprise de la consommation habituelle. Celle-ci grimpera alors à 3.000 m3 par jour et nous aurons besoin de 1.150 m3 de plus par jour pour l’alimenter.

 

Des restrictions d’usage ont été prises ?

A plusieurs reprises, pendant l’été, dans le département. A Guéret, il est interdit d’arroser les jardins et les espaces verts, de laver les voitures et de remplir les piscines. Mais ça ne suffit pas.

 

C’est la première fois qu’une telle situation se présente ?

Absolument. Lors des deux canicules que nous avons connues au cours des dernières années, le pompage dans la Gartempe suffisait à compléter notre approvisionnement. Ce n’est plus le cas depuis le début de l’été, avec un débit d’étiage de plus en plus faible. Et nous ne l’avons pas du tout vu venir. Nous sommes désormais obligés d’acheter de l’eau, environ 150 m3 chaque jour, au Syndicat de la vallée de la Creuse. Mais cette solution sera insuffisante dès la semaine prochaine.

 

Quelles solutions envisagez-vous ?

Nous allons devoir relancer l’usine de traitement située au lac de Courtille, que nous avions fermée il y a une quinzaine d’années, dans le cadre du contrat de délégation signé avec la Saur, pour faire de cet espace naturel une zone de loisirs. Nous testons le redmarrage dès aujourd’hui et nous devrions récupérer de quoi alimenter la population en eau potable pendant 100 jours. Et pas un de plus. C’est donc tout le système qui doit être revu rapidement. Un plan départemental sur l’eau est en cours d’élaboration pour créer de nouveaux points de captage, dans la Creuse notamment, et de nouvelles interconnections. Il nécessite environ 100 millions d’euros d’investissements. Et je n’accepterai pas qu’on me dise qu’il n’y a pas d’argent ! Le département ne peut pas le financer à lui tout seul. La hausse des prélèvements de l’Etat sur les agences de l’eau est tout simplement scandaleux. L’approvisionnent en eau devrait être une grande cause nationale.

 


La biodiversité aquatique trinque / 87 départements sont actuellement visés par un arrêté de restriction des usages de l’eau, selon le site Propluvia du ministère de la transition écologique. Un record à cette période de l’année. Pourtant, le gouvernement a profité des vacances pour publier un décret, le 6 août au Journal officiel, qui autorise sous conditions les préfets à réduire le débit minimal à conserver sur les cours d’eau méditerranées. Et donc à augmenter les prélèvements pour l’alimentation en eau potable et l’irrigation agricole. Ce qui représente une menace directe pour la biodiversité aquatique au moment de l’étiage.



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