Meubles: des retardateurs de flamme peu sûrs

Le 23 octobre 2015 par Romain Loury
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Le canapé de tous les périls
Le canapé de tous les périls
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Pour l’Anses [1], il n’y a pas lieu de généraliser le traitement des meubles rembourrés par des retardateurs de flamme. Outre l’absence de données quant à leur efficacité, ces substances présentent des risques sanitaires et environnementaux, estime l’agence dans un avis publié jeudi 22 octobre.

Cigarette mal éteinte, bougie qui tombe au mauvais endroit, installations électriques ou gaz défectueuses… Selon la DGSCGC [1], près de 82.700 incendies d’habitation sont survenus en 2013, tuant 231 personnes et en blessant grièvement 1.086 autres.

Saisie en mai 2011 par la DGCCRF [1], l’Anses a planché sur l’opportunité de généraliser l’usage des retardateurs de flamme dans les meubles rembourrés, dont les matelas, les canapés et les fauteuils. La question n’est pas anodine, tant ces substances posent des problèmes d’un tout autre genre, aussi bien pour la santé publique que pour l’environnement.

Moins d’incendies? Pas sûr

Un premier élément de réponse est tombé en septembre 2014, avec le premier volet de ce travail: à ce jour, rien ne prouve que la généralisation des retardateurs de flamme dans ces meubles puisse avoir un impact quelconque sur la prévention du risque incendie.

La Californie en 1975, puis le Royaume-Uni en 1988, ont adopté une telle mesure, mais on ignore si la baisse du nombre d’incendies survenue depuis est liée à la généralisation des retardateurs de flamme ou à d’autres facteurs, dont la baisse du tabagisme et l’arrivée des détecteurs de fumée.

Pour l’agence, «il est par conséquent difficile d’estimer la part réelle des meubles rembourrés dans le déclenchement ou la propagation des incendies domestiques». Pas plus que les Etats-Unis ou le Royaume-Uni, la France ne dispose d’aucune statistique sur les causes d’incendies, raison pour laquelle l’Anses propose la création d’un registre national qui permettrait de cibler les situations à risque.

Reprotoxiques, cancérogènes, neurotoxiques,…

Si les bienfaits de leur généralisation n’est pas avérée quant au risque incendie, on en sait un peu plus sur leur toxicité. Sur les 22 substances identifiées par l’Anses, on compte ainsi des agents reprotoxiques (HBCD, TBPH, TPP), des perturbateurs endocriniens (TPP), des cancérogènes potentiels (TDCPP, trioxyde d’antimoine), des neurotoxiques (DécaBDE, DBDPE, TCP), ou d’autres ayant une toxicité sur la thyroïde ou sur le système immunitaire.

Trois autres n’ont fait l’objet d’aucun enregistrement auprès de REACH, et leurs données de toxicité sont «très limitées» (BAPP), voire «quasi-inexistantes» (PBG, MP), indique l’Anses.

Outre la toxicité pour l’homme, plusieurs d’entre eux posent un risque environnemental élevé: parmi eux, le TDCP et le HBCD sont très toxiques pour le milieu aquatique (poissons, daphnies, algues). Et plusieurs d’entre eux sont d’une grande persistance: exemple, le HBCD présente «une faible photo-décomposition dans l’air, une faible mobilité dans les sols, et une faible volatilité à partir des eaux de surface des lacs et des rivières», explique l’agence.

Au lieu de prôner une généralisation de leur usage, l’Anses propose, en matière de risque incendie, de mettre l’accent sur les détecteurs de fumée (dont l’installation à domicile est obligatoire depuis mars), de mieux contrôler les installations électriques et de gaz dans les habitations, et de sensibiliser la population à ce risque.

[1] Anses: Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. DGSCGC: Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises, affiliée au ministère de l’intérieur. DGCCRF: Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.



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