Méthanisation: encore trop de barrières

Le 16 octobre 2008 par Victor Roux-Goeken
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L’absence d’une réglementation adaptée et de flux continus de déchets constitue une entrave au développement de la méthanisation en France. Cette «nouvelle» technologie, à la frontière entre production d’énergie et gestion des déchets, pourrait contribuer aux objectifs d’énergie renouvelable.

Comment développer la méthanisation en France? Cette technique, à la frontière entre production d’énergie et gestion de flux de déchets, consiste notamment à transformer les déchets en biogaz. Permettant la valorisation énergétique de la biomasse, cette production d’énergie renouvelable est décentralisée, renouvelable et peut avoir plusieurs sources de déchets, servant d’exutoire pour certains industriels ou collectivités locales.

Deux grands types d’installation existent: les usines de méthanisation des déchets ménagers et les unités agricoles. Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), en France, 6 usines sont en fonctionnement. Et 15 à 20 usines devraient voir le jour à l’orée 2015. Du côté des unités agricoles, 11 sont en marche, dont 5 de petite puissance électrique (30 kilowatts -kW) construites jusqu’en 2005/2006. 200 projets seraient en cours de réflexion ou de réalisation.

Car la France est à la traîne par rapport à certains de ses voisins européens. Le Danemark, la Suède et la Suisse comptent déjà plusieurs unités de méthanisation. A elle seule, l’Allemagne produit 2,4 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) grâce à ce procédé. Soit un peu plus du tiers de la production européenne (7,8 Mtep), bien loin de l’objectif européen de production de biogaz issu de la méthanisation de 15 Mtep, fixé à 2010.

A l’origine du début d’un intérêt en France: le tarif d’achat de l’électricité issue du biogaz est passé de 5 centimes d’euros par kilowattheure (c€/kWh) à 12 c€/kWh en 2006 en moyenne (1). Alain Femenias, du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD, ex-Inspection générale de l’environnement -IGE), co-auteur d’un rapport (2) sur la méthanisation des effluents d’élevage, estime que la rentabilité des installations de méthanisation «à la ferme» se situe au-delà de 100 kWh.

Car plusieurs obstacles subsistent. L’utilisation de déchets pour produire de l’énergie entraîne des obligations, relatives aux réglementations sur les installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) et sur les sous-produits animaux. Et la nomenclature ICPE ne connaît pas la méthanisation. «Il existe une dizaine de rubriques [ICPE] possibles en fonction de l’origine du substrat, de l’installation de valorisation du biogaz et de la production du digestat», explique Guillaume Bastide, du département Gestion optimisée des déchets à l’Ademe.

Mais «une nouvelle rubrique devrait être opérationnelle au printemps 2009», annonce d’ores et déjà Charles Thiébaut, de la Direction générale de la prévention et des risques (DGPR) au Meeddat. Reste aussi le problème du digestat, résidu issu de la méthanisation des déchets organiques, qui garde son statut de déchet et «ne peut être considéré comme engrais ou support de culture».

Se pose aussi la question des gisements de déchets. L’installation de méthanisation de Calais, dimensionnée pour traiter 27.000 tonnes de biodéchets (dont 3.000 alimentaires) et 1.000 tonnes de graisses par an doit réajuster ses paramètres de fonctionnement en permanence «du fait de l’amplitude de variations [de collecte des biodéchets], qui n’étaient pas attendues lors de la définition initiale du projet», selon Hélène Fruteau de Laclos, de la société Valorga, qui a développé un procédé de méthanisation des déchets solides.

(1) Arrêté du 10 juillet 2006
(2) Evaluation des conditions de développement d’une filière de méthanisation «à la ferme» des effluents d’élevage



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