Méthanisation: 15% de cultures alimentaires maximum, stop ou encore?

Le 31 mai 2016 par Marine Jobert
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Un méthaniseur dans une exploitation agricole.
Un méthaniseur dans une exploitation agricole.
Valersys

Un décret pour limiter à 15% de culture principale l’approvisionnement des installations de méthanisation par des cultures alimentaires. Un volume qui satisfait les agriculteurs déjà engagés dans la méthanisation et mécontente fortement la Confédération paysanne.

Produire de la chaleur et de l’électricité avec des cultures destinées à l’alimentation: pour ou contre? Le débat, à l’instar de celui sur les agrocarburants, a déjà fait couler beaucoup d’encre, notamment lors de l’examen de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte. Un projet de décret relatif à l’approvisionnement d’installations de méthanisation par des cultures alimentaires, mis en consultation du 31 mai au 20 juin, tente d’encadrer le phénomène: il fixe à 15% du tonnage brut total des intrants la proportion maximale de cultures alimentaires ou énergétiques, cultivées à titre de culture principale, utilisées pour l’approvisionnement d’une installation de méthanisation fonctionnant avec des déchets non dangereux ou des matières végétales brutes.

Par cultures alimentaires, il faut entendre les céréales et autres plantes riches en amidon, sucrières, oléagineuses, et légumineuses, utilisables en alimentation humaine ou animale. «Ce sera donc essentiellement du maïs, déplore Laurent Pinatel, le porte-parole de la Confédération paysanne. La surface agricole doit servir uniquement à la production alimentaire, que ce soit des animaux ou des humains.» A l’association des agriculteurs méthaniseurs de France, on s’en tient à un argument agronomique, en plaidant que le maïs est un très bon «complément» des processus biologiques à l’œuvre dans le ventre des méthaniseurs.

Sols pollués. Une dérogation au seuil des 15% est possible, sous l’autorité du préfet, pour les cultures provenant de zones reconnues contaminées, notamment par des métaux lourds C’est notamment le cas de la plaine d’Achères, plombée par les égouts parisiens pendant des décennies, ainsi que de parcelles contaminées par un incinérateur dans les Hauts-de-France.

Prairies exclues

Sont exclues les prairies permanentes et les cultures intermédiaires à vocation énergétique. Une disposition qui satisfait totalement l’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF). «C’est une réponse aux éleveurs qui abandonnent leur production et pourront entretenir et valoriser l’herbe récoltée dans des prairies souvent situées dans des zones sensibles, près de cours d’eau», explique Denis Ollivier, animateur à l’AAMF. Il estime que ce seuil de 15% est un «compromis», qui pourra s’avérer contraignant pour des territoires aux climats plus rudes (Lorraine, massifs montagneux). «Ils auront du mal à produire des cultures en intermédiaire avec les variétés actuelles», prévient-il. La Confédération paysanne estime que ces 15%, ce sont 15% de trop: «Non seulement cette production d’énergie requiert beaucoup d’énergies fossiles, mais en plus elle justifie l’industrialisation de l’agriculture, estime Laurent Pinatel. A chacune des fermes-usines que nous avons dénoncées, un méthaniseur est adossé.»

Aléas climatiques

La proportion des 15% peut être dépassée une année «si la proportion de ces cultures est inférieure à 15% du tonnage total brut des intrants, en moyenne sur les trois dernières années civiles», prévoit le décret. «Cela veut dire que l’agriculteur qui est en-dessous des 15% autorisés une année, à cause d’aléas climatiques ou d’un défaut de débouchés par exemple, peut les dépasser sur trois ans si sa moyenne triennale ne dépasse pas les 15%», résume Denis Ollivier.

 

 



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