Méthane: les émissions anthropiques sous-estimées

Le 25 août 2017 par Romain Loury
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Les carottes de glace, fenêtre sur le passé
Les carottes de glace, fenêtre sur le passé
ice and laser

Les émissions de méthane liées aux activités humaines sont bien plus élevées qu’on ne le pensait, révèle une étude publiée jeudi 24 août dans Nature, et menée sur des carottes glaciaires prélevées dans l’Antarctique. A l’inverse, les émissions naturelles devraient être fortement revues à la baisse.

Deuxième gaz à effet de serre le plus important après le CO2, le méthane, avec son pouvoir de réchauffement global (PRG) 28 fois plus élevé que le CO2, a vu sa concentration atmosphérique bondir de 700 parties par milliard (ppb) à l’ère préindustrielle à 1.800 ppb de nos jours. Ce gaz serait ainsi responsable d’environ 15% de l’effet de serre d’origine humaine.

Anthropique vs naturel

Or le méthane provient de plusieurs sources: selon les estimations les plus courantes, 60% des émissions actuelles sont d’origine humaine (extraction et combustion d’énergies fossiles, élevage, riziculture, décharges, etc.), les 40% restants étant d’origine naturelle, qu’elles soient géologiques (volcans, cheminées sous-marines, etc.) ou autres (zones humides, termites, etc.).

Comment déterminer, parmi les émissions actuelles, la part de ces diverses sources? A ce jour, les diverses approches, qu’elles soient descendantes («top-down») ou ascendantes («bottom-up»), livrent souvent des résultats divergents.

Vasilii Petrenko, du département des sciences de la Terre et de l’environnement à l’université de Rochester (New York), et ses collègues se sont quant à eux penchés sur le méthane dont l’atome de carbone est de l’isotope 14: d’une demi-vie radioactive d’environ 5.700 ans, le C14 est absent du méthane d’origine géologique ou humaine, mais abonde dans celui d’origine naturelle, de production plus récente.

Moins de méthane naturel que prévu

Les chercheurs ont étudié des carottes glaciaires prélevées en Antarctique, analysant le profil C14 du méthane dans les microbulles d’air piégées lors d’une période comprise entre -12.000 et -11.200 ans avant nos jours. Pourquoi cette fenêtre? Parce qu’il y est survenu le dernier réchauffement rapide, celui qui marque l’entrée dans l’Holocène il y a 11.600 ans.

Les émissions naturelles, géologiques ou non, s’y révèlent bien plus faibles qu’on ne le pensait jusqu’alors: elles n’atteignent que 15,4 mégatonnes par an, en moyenne sur la période étudiée. Un chiffre très éloigné des 53 mégatonnes annuelles, auxquels sont estimées les actuelles émissions naturelles. Or pour les chercheurs, il n’y a aucune raison qu’elles aient fortement changé depuis.

Quid de la quarantaine de mégatonnes annuelles qui séparent ces deux valeurs? Il faudrait plutôt les attribuer à l’activité humaine, dont les émissions pourraient être revues à la hausse d’environ 25%, estiment les chercheurs. Ceux-ci y voient d’ailleurs une bonne nouvelle, jugeant que l’atténuation des émissions de méthane aurait un effet plus marqué en matière de lutte contre le réchauffement.

Bombe climatique ou pétard mouillé?

Autre enseignement de l’étude, la signature C14 des échantillons n’a pas été sensiblement modifiée par le brusque réchauffement qui accompagne la transition vers l’Holocène, suggérant que les émissions géologiques n’ont pas été affectées par le réchauffement. Ce qui relativise le scénario redouté par de nombreux climatologues, celui d’un dégel du pergélisol et d’une libération massive du méthane contenu dans les sédiments océaniques, qui aurait pour effet d’amplifier massivement le réchauffement.

Dans un éditorial, Peter Hopcroft, de la School of Geographical Sciences à l’université de Bristol (Royaume-Uni), juge toutefois ce scénario un brin optimiste: «la température d’il y a 12.000 ans était de 2°C inférieure à celle d’aujourd’hui, et donc 5°C en-dessous de celle prévue en 2100. Dans l’hypothèse d’une atténuation insuffisante, cela nous amènerait à un climat bien plus chaud que ceux observés lors des derniers réchauffements brutaux. Bien que la transition étudiée par les auteurs soit la plus récente, la situation n’est pas analogue à celle que nous vivons». D’autant qu’une récente étude menée en Alaska y a révélé une hausse de 75% des émissions de CO2 depuis 40 ans, du fait de la fonte du pergélisol.



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