Métal Blanc: 150.000 euros requis pour pollution

Le 24 février 2005 par Christine Sévillano
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L'usine ardennaise de recyclage de batteries usagées est poursuivie pour pollution industrielle et pour mise en danger de la vie d'autrui. Ayant tardé à mettre aux normes environnementales ses installations, des émissions de plomb ont été constatées dans l'eau mais aussi dans l'air, entraînant des concentrations importantes de plombémie dans le sang des riverains.

Une journée d'audience lundi a finalement suffi à présenter l'affaire Métal Blanc devant les tribunaux. Cette PME de 40 personnes, spécialisée dans le recyclage de batteries et installée à Bourg-Fidèle, village des Ardennes de 800 habitants, est poursuivie "pour pollution de cours d'eau, poursuite d'une exploitation d'installation classée non conforme à la mise en demeure, mise en danger de la vie d'autrui par violation délibérée d'une obligation réglementaire de sécurité ou de prudence et blessures involontaires par personne morale". Le président du conseil d'administration de l'usine, Renaud Bourson, reconnaît avoir porté atteinte à l'environnement, mais pas à la santé des travailleurs ni du voisinage.

En 1997, alors que Métal Blanc entreprenait des travaux d'extension de ses installations, elle a déversé des effluents aqueux acides, avec des teneurs élevées en cadmium et en plomb, dans le cours d'eau voisin, la Murée. Un acte qui a entraîné l'empoisonnement du bétail et une expertise demandée par la mairie. L'ouverture d'une information judiciaire a permis de procéder à un dépistage de plomb des 95 enfants du village. 21 d'entre eux présentaient des taux dépassant près de 100 fois la norme de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui se situe à 10 milligrammes par kilos (mg/kg) dans le sang. Un rapport de l'Institut national de santé et de recherche médicale (Inserm) a noté que les enfants exposés montraient des signes d'agressivité et de retard intellectuel. Il indique aussi que 80% du plomb ingéré se loge dans les os et les organes et que la durée de vie du plomb se situe entre 15 et 20 ans. Deux cas de saturnisme ont d'ailleurs été détectés chez les salariés de l'usine.

Mais selon la Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (Drire) de Champagne-Ardennes, le plus haut niveau des émissions de plomb dans l'air de Métal Blanc, qui traite 150 tonnes de batteries usagées par jour, a été atteint en 1998 à hauteur de 980 kilos. Le 22 décembre 1998, un arrêté préfectoral a sommé l'entreprise d'accélérer sa mise aux normes, une injonction suivie d'un mois de fermeture en 1999. L'inspection des installations classées a intensifié ses contrôles entre 1998 et 2002, ce qui s'est traduit par une douzaine d'actes administratifs signés par le préfet et la rédaction de 4 procès-verbaux d'infractions adressés au procureur de la République. A partir de 1999, les rejets ont été abaissés en dessous de 45 kilos par an pour les années suivantes. Pourtant en 2001, une teneur de 500 kilos a été de nouveau enregistrée, un débordement qui a été sanctionné.

Métal Blanc a été contrainte par les autorités à réduire et surveiller ses émissions polluantes dans l'air et dans l'eau. Pour limiter ces rejets, elle a dû consentir à de gros investissements dans des équipements de captation de la quasi-totalité des émissions et des systèmes de traitement des émissions canalisées. Des dispositifs de mesure viennent renseigner en continu sur les taux de poussières. Les voiries ont été enrobées et doivent être systématiquement nettoyées tout comme les roues des véhicules sortant. L'entreprise doit aussi procéder à un traitement d'épuration des eaux pluviales et des eaux industrielles. Autant d'actions et d'aménagements qui ont coûté un peu plus de 4 millions d'euros d'investissements selon la Drire. Leur fonctionnement s'élève à 257.000 euros par an, ce qui n'est pas anodin comparé aux 10 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel moyen de cette PME.

Le procureur de la République a demandé lundi une amende de 150.000 euros et cinq ans de surveillance judiciaire des émanations et des taux de plomb. Les avocats des 18 parties civiles (riverains, agriculteurs, anciens salariés et associations environnementales) ont demandé des dommages et intérêts d'un total de deux millions d'euros. Le verdict sera connu le 25 avril.




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