Mercure dentaire: un rapport aux airs de déjà-vu

Le 20 novembre 2014 par Romain Loury
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La couronne de la discorde
La couronne de la discorde
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Demandé par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), un rapport de l’Inserm sur le mercure dentaire laisse un goût amer aux associations. En cause, une orientation exclusivement épidémiologique, au détriment de la toxicologie.

 

Pas de chance pour l’ANSM: début 2013, elle avait dû ravaler un avis, rassurant, sur le mercure dentaire, suite aux critiques formulées par l’association Non au mercure dentaire (NAMD). En janvier dernier, l’agence promettait un autre rapport, réalisé en externe celui-là, en l’occurrence par l’équipe du Pr Bernard Bégaud (Inserm, CHU de Bordeaux).

«Nous étions plutôt contents, même s’il s’agit d’une équipe de pharmacovigilance, ce qui n’est pas le sujet du tout», rappelle Geoffrey Begon, délégué général de NAMD contacté par le JDLE. Patatras: présenté le 23 octobre au siège de l’ANSM, le nouveau rapport [1] ne rencontre pas plus les faveurs de l’association.

En cause, l’unique prise en compte de travaux épidémiologiques, au détriment de toute approche toxicologique –alors que le mercure est reprotoxique, neurotoxique, immunotoxique, perturbateur endocrinien. «Une étude épidémiologique consiste à comparer un groupe exposé à un groupe contrôle: or tout le monde est exposé au mercure environnemental», que ce soit par les amalgames ou via l’alimentation, estime Geoffrey Begon.

Des points à creuser?

Plutôt rassurante, l’analyse de la littérature menée par l’équipe de Serge Bégaud pointe tout de même des signaux inquiétants. Outre l’existence «probable, voire établie» de réactions dermatologiques-allergiques locales, quelques études suggèrent des risques de sclérose en plaques, d’atteintes rénales et d’atteintes thyroïdiennes auto-immunes. Les conclusions de ces travaux paraissent «faibles», mais «pourraient mériter une investigation complémentaire», jugent les experts bordelais.

Ils se montrent en revanche très confiants en matière d’exposition in utero, quant aux «troubles neurologiques, aux maladies neurodégénératives, aux anomalies du développement chez l’enfant exposé in utero et aux anomalies du développement psychomoteur de l’enfant». Ce qui met NAMD en boule: dans son argumentaire de réponse, citant des études révélant une imprégnation du nouveau-né par le mercure, l’association juge «inadmissible de faire perdurer cette exposition alors que des alternatives sans danger existent».

La France fait course en tête

Autre argument avancé par le rapport et par les experts de l’ANSM, les amalgames dentaires se raréfient en France, en raison d’une meilleure santé dentaire mais aussi d’une substitution progressive par des matériaux alternatifs.

Certes, mais la France arrive toujours largement en tête des pays européens: selon un rapport publié en mars 2012 par BIO Intelligence Service, le pays se situe à 17 tonnes de mercure dentaire par an, soit 30% du total européen ! Il est suivi par la Pologne (10 tonnes, 20%), loin devant d’autres pays -dont les scandinaves, qui y ont définitivement renoncé.

Le mercure, un symptôme bien français selon NAMD

A quoi tient cet attachement français au mercure ? Au fait que «la France ne dispose d’aucune culture en matière de santé-environnement, aussi bien de la part des médecins que des pouvoirs publics», regrette Geoffrey Begon. Après avoir tant soutenu le mercure, il leur est «moralement, juridiquement et honorablement difficile de revenir en arrière».

Du côté politique, la sénatrice Aline Archimbaud s’est récemment vue refuser un amendement  visant à instaurer une taxe sur le mercure dentaire. Motif avancé par la ministre de la santé Marisol Touraine: une convention sera prochainement signée avec l’Association dentaire française, portant notamment sur une réduction des amalgames. Or le même argument avait  été avancé fin 2013, à l’occasion d’un même amendement d’Aline Archimbaud.

[1] Epaulée par le Réseau environnement santé, NAMD a décidé de publier ce rapport en avance, grillant ainsi la politesse à l’ANSM qui souhaitait l’accompagner d’un avis rédigé en interne. Selon Geoffrey Begon, aucune date n’a été avancée par l’agence quant à la publication officielle des deux documents.



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