Menaces sur les cultivateurs et leurs consommateurs

Le 31 août 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La production de maïs va baisser.
La production de maïs va baisser.
VLDT

Le changement climatique fera chuter les rendements et la qualité nutritionnelle des céréales. Des grandes cultures qui subiront davantage les attaques des insectes ravageurs.

L’équation qui se pose aux céréaliers s’annonce insoluble. Dans les prochaines années, les nourrisseurs de la planète devront affronter trois conséquences du réchauffement climatique, dont les effets seront cumulatifs. A commencer par les rendements.

Selon une méta analyse internationale publiée, en août 2017, par les Comptes rendus de l'Académie américaine des sciences (Pnas), la hausse du thermomètre mondial fait chuter les rendements des grandes cultures. Pour chaque élévation d’un degré Celsius du mercure du monde, la productivité des champs de maïs baisserait de 7,4%, de 6% pour le blé et 3,2% pour le soja. Les effets sur la riziculture serait moindre: -3,2%. En fournissant les deux tiers des calories que nous consommons, ces 4 plantes sont vitales pour l'humanité, rappelle la FAO.

Il s’appelle Diuraphis noxia. Mais il est plus connu sous son petit nom de puceron russe du blé. Originaire d’Asie centrale, ce ravageur redouté par les cultivateurs de blé et d’orge a rapidement conquis l'Afrique du Sud, le Mexique, les Etats-Unis, le pourtour méditerranéen (dont la France), où il provoque d’importants dégâts dans les zones céréalières. Originalité de ce puceron de 2 millimètres de long: il ne produit que des filles. «Ces insectes, femelles, naissent déjà enceintes de leurs filles, chacune étant déjà enceinte de petites-filles», explique l’entomologiste Scott Merrill. Quelques spécimens suffisent pour donner la vie à des milliards de descendants. Il pourrait être l’un des ravageurs qui profiteront le plus du réchauffement climatique.

A ces effets directs s’ajoutent des conséquences indirectes. Jeudi 31 août, une étude coordonnée par Curtis Deutsch (université de l’Etat de Washington) et ses collègues évalue les effets du réchauffement sur les insectes ravageurs des cultures. Publié dans Science, l’article rappelle qu’une hausse des températures moyennes accroit le métabolisme des insectes.

Des insectes plus nombreux qui mangent plus

En clair, on assistera à une explosion des populations d’insectes -lesquels seront aussi dotés d’un plus solide appétit que leurs ascendants actuels. «La température moyenne des régions tempérées est trop fraîche pour être optimale pour la plupart des insectes. Mais si la température monte, ces populations d’insectes vont rapidement grossir», résume Scott Merill (université du Vermont), co-auteur de l’étude.

Modèles climatiques à l’appui, les chercheurs ont évalué qu’un réchauffement de 2°C accroîtrait d’un tiers les pertes de maïs imputables aux insectes ravageurs, de 46% celles de blé et 19% celles de riz. Soit un manque à produire supérieur à 200 millions de tonnes par an. Les grands pays tempérés producteurs de céréales devraient particulièrement souffrir, détaille l’étude: Etats-Unis, France et Chine subiraient les plus fortes pertes. Dans l’Hexagone, les insectes pourraient réduire de près de 10% les tonnages de maïs, contre 6%, en moyenne, à l’heure actuelle.

céréales moins nutritives

Moins productives, davantage dévorées par les insectes, les grandes cultures produiront aussi des céréales moins nutritives. De nombreuses études établissent une relation directe entre la concentration de CO2 dans l’atmosphère et le contenu protéique des plantes. En injectant du gaz carbonique sous serre, Chunwu Zhu, de l’Institut des sciences du sol à Nankin (Chine), a notamment montré qu’un riz mis en culture dans un environnement fortement carboné (entre 550 et 580 parties pour millions -ppm-, contre 406 actuellement) les teneurs des vitamines B1, B2 et B5 chutaient significativement.

Des résultats confirmés, en début de semaine, par Sam Myers. Dans un papier publié par Nature Climate Change, le chercheur de l’école de santé publique d’Harvard et son confrère Matthew Smith ont évalué les populations qui subiront, vers 2050, la dégradation de la qualité nutritionnelle des principales céréales.

Selon leurs calculs, les concentrations de protéines, de fer et de zinc devraient baisser de 3 à 17%, dans une atmosphère contenant 550 ppm de CO2. De quoi accroître de 175 millions le nombre de personnes carencées en zinc  et de 122 millions celles qui manqueront de protéines. Dans une trentaine d’années, les deux auteurs estiment que 1,4 milliard de femmes en âge de procréer et d’enfants de moins de 5 ans pourraient souffrir d’anémie, faute de fer en quantité suffisante dans l’alimentation.



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