Menaces sur le marché européen du carbone

Le 20 mars 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le cours du carbone européen a chuté de 30% en quelques jours.
Le cours du carbone européen a chuté de 30% en quelques jours.
Argus

Le prix du carbone européen s'est effondré en quelques jours. Cette dégringolade n'augure rien de bon pour le climat ni pour l'ETS.

Ce krach est passé inaperçu. En une semaine, le prix du quota européen d’émission de gaz à effet de serre s’est écroulé. A 16 euros, ce vendredi 20 mars, le prix du quota a reculé de 30% en une semaine, sur le marché spot. La baisse d’activité industrielle n’explique, qu’en partie, cet écroulement.

Fermant progressivement leurs installations, les industries énergo-intensives, comme les compagnies aériennes ou la sidérurgie, voient fondre leurs besoins en permis d’émission au même rythme que les projections de chiffre d’affaires.

Les besoins en énergies diminuant, les émissions des énergéticiens chutent aussi.

chute des consommations d'énergie

Depuis le début de la semaine, la demande française d’électricité et de gaz a chuté de 10 à 15% par rapport à des journées de mars des années précédentes.

Certaines entreprises vendent aussi du quota pour faire rentrer le plus de cash possible, pour amortir les effets de la crise. On pense en particulier aux constructeurs automobiles, contraints de fermer toutes leurs usines européennes, faute de composants et de clients. De telles cessions rapides avaient déjà été observées en 2008 lors de la crise financière. «Mais le gros de ventes vient probablement du monde de la spéculation», estime Mark Lewis, responsable de la recherche sur le changement climatique à BNP Parisbas.

Deux conséquences

Cette explication n’a rien d’improbable. Les volumes quotidiens de transaction ont plus que triplé entre le 12 et le 17 mars. Depuis, le marché est atone. Le 17 mars, EEX, la bourse allemande de l’électricité et du carbone, a annulé la mise aux enchères de 2,5 millions de quotas, faute d’acheteurs potentiels.

Si elle est appelée à durer, la chute des prix du carbone européen pourrait avoir plusieurs conséquences. La plus immédiate serait de redonner de la compétitivité aux centrales au charbon des 27 et du Royaume-Uni, laissant augurer une reprise des émissions de CO2 du secteur électrique européen.

Ce faisant, et c’est la seconde conséquence attendue, l’ETS pourrait être, une fois encore, accusé de ne pas remplir sa mission de régulation des rejets carbonés de l’industrie lourde du Vieux monde. Ce qui ne serait pas pour déplaire à certains gouvernements. Depuis quelques jours, des officiels polonais appellent à une réforme du système communautaire d’échange de quotas d’émission, voire à sa suspension. Gageons que Varsovie saura trouver des alliés dans d’autres capitales et de nombreux secteurs économiques.