Menace(s) sur les oiseaux migrateurs

Le 17 octobre 2014 par Romain Loury
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La macreuse brune a déserté la Bretagne
La macreuse brune a déserté la Bretagne
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Réchauffement climatique, polluants, chasse… les oiseaux migrateurs affrontent plusieurs dangers, dont les traces sont de plus en plus évidentes. En ce début d’automne, ceux en provenance du nord sont nettement moins nombreux à gagner la Bretagne, s’inquiète l’association Bretagne vivante.

«Octobre est un mois crucial dans le cycle annuel des oiseaux migrateurs. Ceux qui sont venus au printemps nicher sous nos latitudes sont, pour la plupart, repartis. Et voici que débarquent les migrateurs qui ont passé l’été le plus souvent dans la forêt boréale, voire plus haut, dans la toundra arctique», rappelle Bretagne vivante.

Or ces oiseaux, dont on sait que le cycle annuel de migration est perturbé par le réchauffement climatique, s’avèrent particulièrement peu nombreux à arriver en Bretagne en ce début d’automne, affirme l’association, qui cite les alouettes des champs, les canards marins et les pinsons.

«Sous l’influence du réchauffement climatique, et son cortège d’hivers moins rigoureux, ces espèces ont tendance à descendre à moins au sud que par le passé et à rester en mer du Nord ou en mer Baltique. Ce qui fait que, d’ici quelques années peut-être, on ne les verra même plus en Bretagne», s’inquiète Bretagne Vivante.

Contacté par le JDLE, le vice-président de l’association, Patrick Philippon, reconnaît qu’il ne s’agit là que de «données d’observation», et qu’il est difficile d’avancer des chiffres. Mais le phénomène semble déjà très avancé: exemple, la macreuse brune (Melanitta fusca), un canard marin «que l’on ne voit plus depuis 15 ans en Bretagne parce qu’il reste hiverner au Danemark et en Hollande». Ou encore les oies rieuses (Anser albifrons), qui ont délaissé le Mont Saint-Michel pour la Hollande.

Un effet encore plus marqué pour les transsahariens

Le phénomène inverse s’observe pour les migrateurs transsahariens, ceux qui passent leur été en Europe puis partent hiverner en Afrique. Parmi eux, la petite fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla), qui «reste plus souvent l’hiver en Bretagne» car elles y trouvent désormais de quoi se nourrir. «On pensait qu’elles restaient sur le littoral, mais on les observe aussi  à l’intérieur des terres», où l’hiver est plus rigoureux, ajoute Patrick Philippon.

Même constat outre-Manche, où la Société royale pour la protection des oiseaux (RPSB) observe que le déclin est particulièrement marqué chez ces migrateurs hivernant en Afrique. Dans un rapport publié mercredi 16 octobre, elle note une baisse moyenne de 70% des effectifs de ces migrateurs transsahariens depuis la fin des années 1980. Voire de 88% pour les tourterelles des bois, dont 2 à 4 millions sont chaque année tuées dans les pays d’Europe du Sud, après avoir traversé la Méditerranée.

Quant aux migrateurs hivernant en Europe, ceux évoqués par Bretagne vivante, la baisse est estimée à 20% par la RPSB, avec de fortes fluctuations interannuelles. Quel que soit le lieu d’hivernage, le réchauffement climatique n’est probablement pas le seul facteur en cause: selon Bretagne vivante, «la perte des milieux naturels, le changement de pratique culturale, les pesticides, la diminution des ressources marines, la chasse dans certains cas», sont aussi à blâmer.

Le mercure, menace mondiale

Autre danger qui guette les migrateurs, les métaux lourds. Parmi les oiseaux les plus menacés, ceux qui passent l’été dans le cercle arctique, zone de plus en plus imprégnée par le mercure. Ce poison d’origine industrielle y est transporté à partir des pays industrialisés par les courants marins, mais se trouve aussi libéré par la fonte de la banquise.

Dans une étude publiée par la revue Environmental Science and Technology, une équipe française montre ainsi que les mergules nains femelles (Alle alle) pondent des œufs plus petits lorsqu’elles sont plus imprégnées de mercure. Si un rôle direct du mercure reste hypothétique, d’autres travaux ont montré qu’il pouvait perturber le succès reproductif de la mouette tridactyle (Rissa tridactyla), par un effet perturbateur endocrinien.

Menée par Jérôme Fort, de l’équipe Littoral Environnement & Sociétés (CNRS-Universite? La Rochelle), et ses collègues, cette nouvelle étude révèle par ailleurs un phénomène jusqu’alors peu connu: la contamination de certaines espèces a lieu principalement dans leurs quartiers méridionaux d’hiver, et non en Arctique.

Pour montrer cela, les chercheurs ont tiré parti du fait que le mergule nain perd tout ou partie de ses plumes deux fois par an. La première mue, en septembre en Arctique (en l’occurrence à l’est du Groenland), affecte tout le corps, tandis que la seconde, en avril en Terre-Neuve (Canada), ne touche que les plumes de la tête.

Après avoir marqué 135 adultes, les chercheurs ont comparé les teneurs en mercure dans des plumes du ventre et de la tête, les premières reflétant l’absorption de mercure en Arctique, la seconde en Terre-Neuve.

Or les plumes de la tête sont deux fois plus chargées en mercure (3,17 µg/g de poids sec) que celles du ventre (1,53 µg/g). La différence est encore plus marquée dans le sang, dont le taux de mercure est 3 fois plus élevé lorsque l’animal se trouve en Terre-Neuve. Reste à savoir si cette plus forte absorption de mercure au sud est liée au lieu lui-même, ou à un changement de régime alimentaire.



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