Même enfoui, le CO2 peut s'enfuir

Le 11 juin 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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A In Salah, on constate une petite fuite de CO2.
A In Salah, on constate une petite fuite de CO2.
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Mal en point, en Europe, le captage-stockage géologique de carbone (CSC) reste l’une des armes préférées des énergéticiens pour décarboner leur parc de production thermique.

Un rapport spécial du Groupe international d'experts sur l'évolution du climat (Giec) estime que cette technique pourrait réduire d’une vingtaine de pourcents les émissions industrielles de CO2 d’ici quelques décennies.

Parfois issues de l’industrie pétrolière ou de l’agroalimentaire, les techniques de captage sont relativement bien connues. Ce qui n’est pas forcément le cas de la partie aval de l’opération: le stockage géologique.

Pour en avoir le cœur net, l’Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris) a étudié les incidents répertoriés sur les trois stockages de gaz carbonique opérationnels et leurs analogues industriels: stockages de gaz naturel (dans plusieurs contextes géologiques) et exploitations d’hydrocarbures.

Discrètement mis en ligne au début du mois, le rapport met en évidence ce que les observateurs du monde pétrolier supposaient: un stockage, cela peut fuir. En épluchant les bases de données françaises, britanniques et américaines, les experts de l’Ineris ont répertorié 80 événements transposables au cas des stockages géologiques de CO2.

Dans 49% des cas, ces incidents produisent des éruptions et des fuites massives dans l’environnement. Dans l’autre moitié des cas, l’exploitant doit s’attendre à des fuites, plus ou moins diffuses, dont environ la moitié peuvent remonter à la surface. C’est précisément ce qui se passe sur le site algérien d’In Salah, qui laisse fuir quelques dizaines de kilogrammes de CO2 par an. «La principale cause des incidents et accidents est l’erreur de conception ou la sous-estimation de certaines mécanismes lors de la conception (le milieu ne se comporte pas comme prévu)», estime l’Ineris.

L’autre grande cause est la défaillance technique en cours d’exploitation: corrosion des matériels et des tubelages, rupture, dysfonctionnement de vannes, blocs d‘obturation, joints, transmission d’une surpression dans un annulaire… «A cela, il faut ajouter 13% d’erreurs humaines (mauvais choix opératoires, mauvaise estimation d’un niveau de remplissage, etc.»

Bien que l’on manque de retour d’expérience sur le comportement des stockages de CO2 (le plus ancien date de 1996), l’Ineris pointe le doigt sur le principal problème: le vieillissement du ciment. «Contrairement à la défaillance ou corrosion des éléments métalliques, nous pouvons émettre l’hypothèse que les problèmes liés à la cimentation sont susceptibles de se manifester et d’occasionner des fuites significatives sur de longues périodes de temps», avancent les auteurs.

Selon des études faites en Californie, 10% des vieux puits de gaz, cimentés, finissent pas fuir. D’autres phénomènes sont aussi redoutés: sismicité (on l’a vu sur le site pilote de Total, à Lacq) ou remobilisation dans le sous-sol d’éléments-traces métalliques toxiques (plomb, arsenic, uranium), surrection des terrains, voire contamination de nappes phréatiques. Bref, même si le CSC est plus fréquemment utilisé à l’étranger que dans l’Hexagone (où les structures géologiques appropriées sont rares), il est urgent de poursuivre les recherches pour améliorer la sûreté des éponges à CO2.



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