Méditerranée: le programme Mistrals à mi-parcours

Le 22 octobre 2015 par Romain Loury
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La route des crêtes, entre Cassis et La Ciotat
La route des crêtes, entre Cassis et La Ciotat
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Lancé en 2010, le programme de recherche Mistrals, qui porte sur les changements attendus dans la Méditerranée au cours du XXIème siècle, a dressé son bilan à mi-parcours, lors d’un colloque marseillais qui s’est achevé jeudi 22 octobre. L’occasion de faire le point avec plusieurs chercheurs.

Plus large programme de recherche jamais mené sur la mer Méditerranée, Mistrals, coordonné par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), regroupe un millier de chercheurs issus de 26 pays, sur les deux rivages. Organisé en sept programmes, il porte sur des thèmes aussi divers que la biodiversité, le climat, la qualité de l’air, la circulation des courants marins, les cycles géochimiques et hydrologiques, dans le but de mieux prévoir leur évolution face aux changements en cours.

Au vu des cinq premières années de travail, «on peut considérer qu’on a bien avancé», estime Etienne Ruellan, chercheur en géologie marine à l’Institut national des sciences de l’univers (CNRS) et directeur scientifique de Mistrals, contacté par le JDLE. Le tout malgré «des moyens mesurés, calculés», dans un contexte de réduction budgétaire qui frappe la recherche de plein fouet.

Qu’ils soient français ou étrangers, les organismes partenaires participent à l’amorçage des projets, à raison d’un quart des moyens alloués à Mistrals, avant de passer le relai à l’Agence nationale de recherche (ANR) ou à des institutions internationales, dont les programmes-cadre pour la recherche et le développement de l’UE.

Une biodiversité menacée de toutes parts

Parmi les principales avancées, Etienne Ruellan évoque l’étude de l’origine des aérosols circulant sur la Méditerranée, dont Mistrals a montré qu’ils venaient, certes de l’Europe et du Sahara, mais également de bien plus loin qu’on ne le pensait, jusqu’à l’Amérique du Nord (voire l’Alaska) et l’Inde. Autres travaux phares, ceux menés sur les espèces invasives, dont celles dites «lessepsiennes», originaires de la mer Rouge et de l’océan Indien, et qui colonisent la Méditerranée grâce  au canal de Suez.

«La Méditerranée compte environ 1.000 espèces exotiques, c’est la région du monde qui héberge le plus d’espèces introduites», phénomène accentué par le réchauffement climatique, rappelle Charles-François Boudouresque, biologiste à l’Institut méditerranéen d’océanologie (Luminy, près de Marseille).

Si beaucoup de ces espèces n’ont pas d’effet sur les écosystèmes, «on estime qu’environ 1 sur 10 pose des problèmes soit pour la santé humaine, soit écologiques, soit économiques», explique le chercheur. Exemple, le poisson-lapin, vorace herbivore qui a ravagé les côtes turques et grecques, et que l’on a récemment observé sur la Côte d’Azur.

En matière de biodiversité, la Méditerranée a quelque chose d’unique: «c’est une région exceptionnelle, l’un des 34 ‘hotspots’ au niveau mondial, et pourtant c’est un milieu très contraint, aussi bien par son climat que par le fait qu’il est densément peuplé par l’homme depuis le Néolithique», explique Virginie Baldy, chercheuse à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale (IMBE, Marseille) et coordinatrice du programme BioDivMex de Mistrals.

Le phytoplancton en sursis

Crainte majeure pour la biodiversité, le réchauffement climatique: depuis l’ère préindustrielle, la Méditerranée s’est déjà réchauffé de 1°C, rappelle Richard Sempéré, géochimiste au MIO de Luminy et coordinateur du programme MERMeX. Si la tendance se poursuit, la circulation marine devrait fortement s’en ressentir, avec un ralentissement des courants de convection. Résultat: une raréfaction du phytoplancton, base de la chaîne alimentaire marine.

Outre les bouleversements maris, le XXIème siècle devrait aussi occasionner de profonds changements sur les côtes. Du fait de la hausse de température, mais aussi d’une plus grande sécheresse, auxquelles «certaines espèces d’arbres pourront s’adapter, d’autres pas : on observe déjà des changements de distribution, avec des arbres qui s’installent plus en altitude», explique Virginie Baldy. A quoi il faut ajouter la déforestation au sud, la reforestation et l’abandon des terres agricoles au Nord –souvent au profit d’espèces exotiques, dont le pin d’Alep en Provence.

Déjà bien endommagée par la surpêche, la Méditerranée réchappera-t-elle à tous les périls qui la guettent au XXIème siècle? «Nous ne sommes pas encore arrivés à un point de non-retour, mais on pourrait bien l’atteindre si on ne fait rien», prévoit Etienne Ruellan.



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