MDP: quand la Chine se fâchera

Le 15 novembre 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La Chine est le premier bénéficiaire des MDP.
La Chine est le premier bénéficiaire des MDP.

Le marché mondial du carbone va mal. Et cela pourrait nuire aux négociations climatiques en cours. Depuis 8 ans que les Nations unies publient les statistiques des projets de mécanisme de développement propre (MDP), jamais le nombre de dossiers devant être validés par le bureau exécutif du MDP n’avait été aussi faible qu’en 2013. Depuis le début de l’année, la haute autorité de ce mécanisme de flexibilité examine, au mieux, une vingtaine de projets. Dix fois moins que ces deux dernières années.

Créé avec le protocole de Kyoto, le MDP est un dispositif permettant à des entreprises de pays de l’annexe 1 dudit protocole (soumis à contrainte carbone, donc) de financer la réduction d’émission de gaz à effet de serre (GES) des pays en développement ou émergents. Une fois validées par l’ONU, ces opérations (d’efficacité énergétique, de transports publics, etc.) donnent lieu à l’émission de crédits carbone (les unités de réduction certifiées d’émission, Urce) que peuvent utiliser ou monnayer les financeurs du Nord. Dans l’Union européenne, ces Urce peuvent être utilisées par les entreprises soumises à la directive Quotas pour assurer leur conformité carbone.

Moins de besoins

Problème: les gros acheteurs traditionnels d’Urce n’en n’ont plus besoin. Avec un prix du quota européen inférieur aux 4 euros, les entreprises soumises à ETS n’ont plus besoin de se tourner vers les crédits extra-européens pour rester dans les clous communautaires. D’autre part, les gros acheteurs hors UE, comme le Japon, réduisent leurs achats, à mesure que fond leur ambition climatique.

Ce vendredi 15 novembre, le gouvernement conservateur japonais a ainsi dévoilé son objectif: -3,8% d’émissions de GES entre 2005 et 2020 (soit un accroissement de 3,1% entre 1990, année de référence onusienne, et 2020). Précédemment, Tokyo comptait réduire d’un quart ses émissions entre 1990 et 2020.

Plus d'effets

La dégringolade du MDP n’est pas sans conséquences. Economiques tout d’abord. Le prix de la tonne de CO2 Urce se négocie en Europe entre 50 et 20 cents d’euro, contre 23 € en 2008. Résultat: les pays-hôtes des projets voient chuter leurs prévisions de recettes. Or le plus important d’entre eux n’est autre que la Chine.

A lui seul, l’Empire du soleil levant abrite plus de la moitié des opérations MDP. De quoi générer, à terme, plus de 4 milliards d’Urce. Or, selon que ce crédit soit négocié 20 cents ou 20 € l’unité, les recettes pour Pékin ne seront pas les mêmes. A Varsovie, qui accueille le 19e sommet climatique mondial (COP 19), le chef des négociateurs chinois a difficilement masqué sa colère, suite à l’annonce nippone. «Je n’ai pas de mot pour décrire ma consternation», a sobrement commenté Su Wei.

Cet effondrement du mécanisme pourrait aussi avoir des effets diplomatiques. Car, comment demander aux principaux émetteurs de GES (Brésil, Chine, Inde, Indonésie, Mexique) de réduire leurs rejets, alors que les pays du Nord ne proposent rien au-delà de 2020. Ce qui réduit de facto l’intérêt de la finance carbone. Ce qui pourrait aussi réduire l’intérêt des pays émergents à signer un accord mondial (a fortiori contraignant) en 2015.



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