Matthieu Orphelin: «La biodiversité doit devenir un sujet aussi important que le climat»

Le 06 mai 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
"Le politique n’est pas omnipotent", souligne Matthieu Orphelin.
"Le politique n’est pas omnipotent", souligne Matthieu Orphelin.
VLDT

Pour le député du Maine-et-Loire, la sauvegarde de la biodiversité passe par l’application de mesures radicales. Mesures que doivent soutenir les parlementaires.

 

L’observateur attentif des questions environnementales est-il surpris par les conclusions du rapport de la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les systèmes écosystémiques (IPBES)?

Les chiffres sont glaçants, mais je ne suis pas surpris. Voilà des années que les scientifiques et les ONG nous alertent sur les reculs de la biodiversité. La nouveauté, c’est à la fois cette concentration de données, qui aide à mettre le péril en perspective, et la médiatisation qui s’en suit. C’est important que la préservation de la biodiversité devienne un sujet aussi important que le climat. Jusqu’à présent, c’était un sujet totalement marginalisé par les médias et les politiques. Or c’est le creuset de la vie. Sans elle, pas d’agriculture, pas d’alimentation, pas d’eau potable, pas de futur.

Comment sensibiliser les parties prenantes?

Sans doute en rappelant que préserver la biodiversité, c’est assurer notre sécurité alimentaire, notre santé, une partie de notre production d’énergie. C’est aussi l’une des solutions au réchauffement climatique. C’est donc un problème de sécurité internationale, de solidarité et d’économie.

D’économie?

Bien sûr. La perte des pollinisateurs pourrait coûter entre 200 et 400 milliards de dollars par an aux industriels de l’agroalimentaire et à leurs clients, indique un rapport que l’OCDE a présenté au G7 Environnement. Autre exemple, la dégradation des terres a réduit d’un quart la productivité des sols. De 100 à 300 millions de personnes sont exposées à un risque accru d'inondations et d’ouragans du fait de la perte d'habitats côtiers et de leur protection. Tout cela se paie ou va se payer.

Quelles réponses les politiques peuvent-ils apporter?

Le politique n’est pas omnipotent, mais il peut agir à son niveau. Le rapport de l’IPBES nous oblige à nous questionner, à interroger notre modèle. Nous devons par exemple consacrer plus de moyens techniques et financiers pour aider les agriculteurs à cesser d’utiliser des pesticides. Nous devons aussi agir à tous les niveaux.

Evaluation. Matthieu Orphelin se penche sur la lutte contre l’artificialisation des sols à sa façon. Selon les calculs du député, ce sont 200 hectares d’espaces naturels qui sont  consommés chaque jour, en France, par les zones commerciales et les lotissements: «l’équivalent de 275 terrains de football», précise l’amateur de… volley.

Les parlementaires doivent notamment vérifier que le gouvernement met bien œuvre sa politique de lutte contre l’artificialisation des sols. Et si cela n’est pas suffisant, imposer des mesures radicales pour atteindre, à une échéance enfin donnée, l’objectif: le zéro artificialisation nette. Nous devons aussi veiller à la cohérence des politiques publiques. Il est impensable que l’on engage un plan biodiversité tout en autorisant le saccage de la forêt guyanaise pour exploiter le filon de la Montagne d’or. Nous avons été cohérents pour le climat en ne construisant par l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Au nom de la biodiversité, nous devons actionner d’autres leviers que l’ouverture d’une mine d’or pour assurer le développement de la Guyane.

Ces mesures radicales, que l’IPBES appelle de ses vœux, peinent souvent à trouver le chemin des hémicycles parlementaires…

Cela progresse. Ce jeudi 9 mai, le député Erwan Balanant (Modem), soutenu par de nombreux députés du mouvement Accélérons, va présenter une proposition de loi visant à interdire la pêche électrique. De mon côté, j’ai relancé le ministère de l’économie sur la réforme de la fiscalité des zones commerciales, grandes dévoreuses de terres agricoles. Il est en effet insupportable que les entrepôts construits actuellement par les géants du commerce en ligne soient exemptés de toute taxe sur les surfaces commerciales. Je voudrais aussi instaurer un bonus-malus sur les commerces: bonus pour ceux qui s’installent en centre-ville, malus pour ceux qui grignotent les sols naturels en périphérie. Ce n’est pas forcément à ce type de radicalité que l’on pense, mais de telles mesures auraient le mérite de l’efficacité.



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus