Massif du Bargy: des bouquetins en sursis

Le 02 septembre 2014 par Romain Loury
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Haro sur le bouquetin?
Haro sur le bouquetin?

Accusés de véhiculer la brucellose, les bouquetins du massif du Bargy (Haute-Savoie) font l’objet depuis 2013 d’une campagne d’abattage pour raisons de santé publique, visant uniquement les animaux de 5 ans et plus. Pas assez pour le préfet, qui souhaite un abattage total… au grand dam des associations.

Si la France en était officiellement indemne depuis 1999, la brucellose, infection bactérienne également appelée «fièvre de Malte», a refait son apparition en 2012, avec deux enfants d’une même famille ayant consommé du fromage au lait cru. Le produit provenait d’un élevage de vaches du Grand-Bornand (Haute-Savoie), dont deux animaux étaient positifs pour la brucellose.

Après enquête sur la faune sauvage, les bouquetins du massif du Bargy se sont avérés constituer le réservoir le plus probable de la maladie, avec 10 animaux brucelliques sur les 22 capturés. Protégée depuis 1981, l’espèce aurait assuré le lien entre le dernier foyer domestique de brucellose en 1999 et sa résurgence en 2012.

Ce retour s’est avéré isolé, puisqu’aucun autre cas n’a été observé depuis, que ce soit dans un élevage ou chez l’homme. Dans un avis de juillet 2013, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) jugeait même le risque de transmission de la faune sauvage aux élevages de «minime» pour les bovins, «extrêmement faible» pour les ovins, et d’«extrêmement faible» à «faible» pour les caprins.

Pas de quoi rassurer la préfecture des Hautes-Alpes, qui avait alors adressé au ministère de l’écologie une demande d’abattage total des bouquetins sur le massif du Bargy. Et ce sous forme de dérogation au statut d’espèce protégée, sous couvert de protection sanitaire.

Dans un avis de septembre 2013, le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) s’était fermement opposé à une mesure aussi radicale, lui proposant plutôt un abattage partiel. Soit en ne ciblant que les animaux de 5 ans et plus, soit en capturant et testant tous les animaux afin de n’euthanasier que les individus positifs –et en épargnant les autres.

C’est finalement l’abattage des bouquetins de plus de 5 ans qu’a décidé le préfet, lors d’un arrêté daté du 1er octobre 2013. Au total, «plus de 320 bouquetins sur les 600 du massif du Bargy» ont été abattus, estiment plusieurs associations.

Or ce n’est pas assez pour la préfecture, qui semble résolu à obtenir l’abattage total. C’est ce qu’il a signifié début juillet aux associations, indique au JDLE Jean-Pierre Crouzat, administrateur de la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (Frapna). Quant à la préfecture de Haute-Savoie, elle reconnaît que «l’arbitrage ministériel n’a pas été rendu» -indiquant de fait avoir réitéré sa demande.

Des effets contre-productifs?

Favorable au test et à l’euthanasie des animaux malades, Jean-Pierre Crouzat estime que l’abattage partiel des animaux matures a déstructuré la communauté du massif du Bargy. Et ce au risque d’y étendre la brucellose chez les plus jeunes.

Pire, elle pourrait même avoir étendu maladie aux massifs voisins, craint Dominique Gauthier, du laboratoire départemental d’analyse vétérinaire de Haute-Savoie (LDAV05) et membre du Groupe national bouquetins, qui regroupe des experts de cette espèce.

Selon le vétérinaire, le vide créé dans le massif du Bargy pourrait y avoir attiré des individus d’autres massifs, ceux-ci regagnant ensuite leurs pénates une fois passée la période de rut. Au risque d’y propager la maladie. Ce qui, selon lui, illustre bien «la gestion pour le moins étonnante» du dossier par la préfecture, accusée de négliger les avis d’experts (Anses, CNPN) au profit des syndicats agricoles.

Si les éleveurs sont «légitimement inquiets», «nous avons besoin de plus de recul scientifique avant de prendre de telles décisions», ajoute Dominique Gauthier. Certes, la stratégie de dépistage des bouquetins, suivi d’une vaccination ou d’une euthanasie, est «extrêmement lourde et coûteuse». «Mais ce que l’on fait actuellement, est-ce que ce n’est pas cela qui à terme va coûter plus cher?», s’insurge-t-il.

Les associations comptent bien interpeller la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, à ce sujet lors de sa visite samedi prochain à Saint-Gervais, où elle vient inaugurer le refuge du Goûter. Un rassemblement est prévu à 15h devant la mairie, précise Jean-Pierre Crouzat.

Certes, l’espèce alpine, avec ses 9.000 à 10.000 individus estimés en France, n’est «pas en danger», admet Jean-Pierre Crouzat. Il s’agit pour les associations de «s’opposer à toute forme d’éradication de ce qui dérange la société», ajoute-t-il. «D’autant que, dans le monde, on n’est jamais parvenu à éliminer une maladie par l’abattage d’une espèce».



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