Martin veut effaroucher et déplacer les ours

Le 21 octobre 2013 par Marine Jobert
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L'ours pyrénéen.
L'ours pyrénéen.
©Olivier Paris

Philippe Martin s’est mis les pro-ours à dos et les éleveurs dans la poche, en proposant de faire peur aux plantigrades trop gourmands de brebis et de les déplacer. Avec quels effets? Et pour les relâcher où?

Est-ce pour ne pas affoler les élus de montagne que le ministre de l’écologie leur a assuré que les ours pyrénéens allaient, eux, faire l’objet de mesure d’effarouchement et de capture? Les déclarations de Philippe Martin au congrès de l'Association nationale des élus de montagne à Cauterets (Hautes-Pyrénées) ont stupéfié les associations qui défendent le plantigrade, quand les éleveurs ont applaudi des deux mains. Outre la promesse de financements pour améliorer le gardiennage des troupeaux, le ministre a en effet déclaré que «ponctuellement, et même si elles ne sont pas la règle, des interventions plus importantes d’effarouchement, de déplacement, auront lieu, si elles sont nécessaires. J’en prends l’engagement ici.»

La pédagogie par la douleur

Mais en quoi consiste l’effarouchement d’un ours?... Le protocole d’intervention sur un ours à problème, rédigé par les services préfectoraux, le définit ainsi: «[Cela] correspond à un test d'apprentissage par un conditionnement aversif. Une fois l’ours repéré, l’intervention consiste à approcher à une distance comprise entre 30 et 50 mètres et à le toucher à l’arrière-train par des balles en plastique tirées par un fusil. Ces balles tirées à courte distance entraînent une douleur pour l’animal. Pour renforcer le caractère aversif de l’expérience, le tir des balles en plastique est suivi, lors de la fuite de l'animal, de l'utilisation de cartouches à double détonation qui éclatent à proximité de l'animal (…) Les tentatives d’effarouchement auront lieu sur le site et dans les conditions mêmes où l’animal manifeste un comportement à problèmes.» Une sorte de rééducation par la frousse, pour que l’animal associe sa tentative de prédation sur un troupeau avec la douleur et la peur.

Ours végétarien, mais pas que…

«Le problème, c’est que Philippe Martin s’engage à effaroucher des ours non pas parce qu’il y aurait des problèmes avec certains animaux [comme le prévoit explicitement le protocole], mais parce que des personnes ont des problèmes avec les ours!», s’alarme Alain Reynes, président de l’association Pays de l’ours–Adet. Et d’expliquer au Journal de l’Environnement que considérer qu’un ours qui exerce une prédation sur un troupeau non protégé aurait un comportement anormal est incohérent. «Même s’il est végétarien pour 80% de son alimentation, attaquer un troupeau relève d’un comportement normal pour un ours si le troupeau n’est pas protégé (…) C’est une situation très désagréable pour les éleveurs, on le comprend très bien, mais il existe des moyens de protection.» Alain Reynes qualifie cette mesure d’«illégale, irréaliste et contre-productive» et de surcroît compliquée à mettre en œuvre sur le terrain. Sauf à effaroucher le premier ours que les agents de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) croiseraient sur leur chemin, ce qui n’est pas conforme au protocole et peu probant au plan «pédagogique».

Déplacer le problème

Quant au déplacement, il consiste à endormir l’animal pour le relâcher dans une zone censément moins problématique. «Les Pyrénées, c’est 400 km de long avec des troupeaux et des éleveurs partout. Je ne vois pas en quoi cette mesure pourrait être une réponse à quoi que ce soit», moque Alain Reynes, qui aurait bien aimé que le ministre de l’écologie écoute un peu plus ses services et prenne langue avec les associations de  protection de la nature «pour tempérer et moduler sa réaction». Et de demander à nouveau audience à l’hôtel de Roquelaure: «[Philippe Martin] se rendra alors compte que la situation est bien différente de ce qui lui a été dit et que les vraies solutions, à la fois sérieuses, respectueuses et durables, sont ailleurs que dans l’acharnement contre les espèces protégées».

 

 

Le loup ne peut plus être la cible des chasseurs
Deux nouveaux arrêtés de tirs dans la Drôme ont été suspendus, le 18 octobre dernier, par le tribunal administratif de Grenoble à la demande de l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) et de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) de la Drôme. Le juge administratif a estimé que ces arrêtés, en prévoyant le tir de plusieurs loups lors de la même opération, ne respectaient pas le protocole interministériel du 15 mai 2013 et l’article 16 de la directive Habitats permettant de déroger à la protection stricte du loup. Le juge relève également l’insuffisance des mesures de protection effectivement mises en œuvre par les éleveurs concernés, détaille l’Aspas dans un communiquéC’est la troisième fois qu’un juge administratif censure des arrêtés mettant en œuvre une circulaire du ministère de l’écologie autorisant le tir de loups au cours de battues au gibier.
 
 
 


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