Marseille-Barcelone: les bateaux remplis d’eau font des vagues

Le 22 mai 2008 par Agnès Ginestet
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port de Marseille
port de Marseille

Les transferts d’eau qui ont débuté entre les deux villes sont critiqués par des associations, qui dénoncent une mauvaise gestion des réserves en Espagne.

Un premier bateau-citerne contenant 36.000 mètres cubes d’eau potable est arrivé le 21 mai à Barcelone, afin d’aider la capitale catalane qui souffre d’une raréfaction de la ressource à cause de la sécheresse. Ce type de transfert est déjà réalisé à partir de Marseille depuis de nombreuses années (1), et dans les prochaines semaines, quelque 25.000 mètres cubes d’eau potable vont être acheminés chaque jour jusqu’à Barcelone. Selon la Société des eaux de Marseille (Sem), qui exploite l’usine de potabilisation de Sainte-Marthe d’où seront extraits les volumes d’eau, Marseille bénéficie de réserves d’eau suffisantes pour «garantir une parfaite sécurité d’alimentation à Marseille et en Provence». C’est le 8 février que la communauté urbaine de Marseille, compétente en matière d’eau et d’assainissement, a approuvé l’exportation d’eau au bénéfice d’Aguas de Barcelona (Agbar). Cependant, une surtaxe communautaire du tarif exportation de 0,11 euro par mètre cube sera appliquée et l’opération ne doit pas compromettre les «besoins propres» de la communauté urbaine de Marseille et des collectivités voisines clientes.

Des transferts d’eau douce, gérés par la Société du canal de Provence (SCP) et provenant du Verdon, sont également prévus vers Barcelone, qui a demandé au total 500.000 mètres cubes. Le coût facturé à Agbar sera d’environ un euro par mètre cube. «En aucun cas ces volumes ne manqueront à la pleine satisfaction des besoins de tous les usages provençaux, et cette livraison en Espagne est rendue possible par les habitudes de gestion économe des Provençaux», indique la SCP dans un communiqué de presse.

L’association de défense de l’environnement Robin des bois note un manque de transparence sur la redistribution des bénéfices de l’opération. «La SCP est une société d’économie mixte. L’eau paie l’eau, donc les recettes participeront à la réalisation d’aménagements hydrauliques», précise Jean-François Cloarec, délégué territorial à la SCP. Robin des bois estime cependant que «ces contrats privés ne sont précédés d’aucune étude d’impact, ni de demande administrative tendant à déclarer ou à autoriser ce prélèvement supplémentaire et cette exportation». Mais selon Gabrielle Fournier, déléguée de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse à Marseille, «cette eau ne manque actuellement à personne ni à aucun des cours d’eau de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur». La Sem estime à 0,3% le pourcentage de réserves d’eau de Marseille et des communes voisines qui sera envoyé à Barcelone, et la SCP considère que 0,2% seulement des 250 millions de mètres cubes d’eau douce qu’elle gère sera prélevé.

Pour Victor Hugo Espinosa, coordinateur du réseau associatif Ecoforum, le transfert d’eau par la Sem «pose des questions sur la manière dont nous, pays riches, gérons la ressource eau». «Peut-on parler de solidarité, quand en même temps, dans cette province d’Espagne, de nombreux terrains de golf, des piscines en bordure de mer, des espaces verts pour les touristes gaspillent l’eau sans compter?», s’interroge-t-il. De même, Robin des bois évoque l’«imprévoyance des autorités catalanes et espagnoles, les fuites du réseau, la pollution des eaux superficielles et souterraines et les conflits d’usage de l’eau».

(1) En 1983, puis 1987 et 1989, la SCP a acheminé de l’eau douce jusqu’en Espagne depuis le terminal de Lavéra dans le golfe de Fos-sur-Mer. Autre exemple: entre 1989 et 1990, 1,5 million de mètres cubes d’eau potable ont été transportés depuis Marseille jusqu’en Sardaigne.

(2) Voir l’article du JDLE «Catalogne: accord sur l’acheminement d’eau de l’Ebre»




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