Maroc: quand irrigation rime avec salinisation

Le 19 avril 2013 par Marine Jobert
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La salinisation des terres, phénomène mondial.
La salinisation des terres, phénomène mondial.
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C’est une nouvelle étude éclairante sur les conséquences de l’irrigation mal maîtrisée. Soit 6 oasis, situées dans le bassin du Draa, au Maroc, irriguées par dérivation des eaux de l’oued, à partir du barrage Mansour Eddahbi. Depuis plus de 40 ans, ces oasis sont alimentées par l’eau de la fonte des neiges et les écoulements venus des montagnes du Haut Atlas, acheminée sur plusieurs centaines de kilomètres lors des périodes sèches. Une équipe scientifique américano-marocaine a analysé une centaine d’échantillons de cette eau. Les résultats de leurs travaux viennent d’être publiés dans la revue Applied Geochemistry. Les chercheurs de l’université Duke (USA) et de l’université Ibn Zohr d’Agadir (Maroc) ont mis en évidence que cette eau douce a des impacts délétères pour ces oasis, puisque l’eau ainsi charriée depuis les montagnes accroît dramatiquement la salinité naturelle de la nappe phréatique et du sol. A certains endroits, la salinité de l’eau atteint 12.000 milligrammes par litre, quand les cultures en supportent entre 1.000 et 2.000 mg/l. C’est parce que les signatures géochimiques et isotopiques des éléments retrouvés dans l’eau –oxygène, strontium, bore- diffèrent en fonction de la salinité du milieu que les chercheurs ont pu mettre en évidence le phénomène.

 

Celui-ci a été étudié depuis quelques années déjà, l’irrigation étant cruciale pour l’alimentation mondiale. En effet, si seulement 17% de toutes les terres agricoles sont irriguées, elles assurent 40% de la production vivrière mondiale. La FAO assure qu’environ 8% des terres irriguées sont aujourd’hui touchées par le phénomène de salinisation des terres, qui peut atteindre jusque 25% dans les zones semi-arides. «A mesure que les roches et les sols sont érodés par l'eau, de petites quantités des sels minéraux qu'ils contiennent sont entraînées jusque dans les fleuves et les couches aquifères, s'infiltrant ainsi dans l'eau d'irrigation, prévient la FAO. Si on utilise trop peu d'eau dans un champ, les sels s'incrustent dans le sol. Si on utilise l’eau en trop grande quantité (…) le sol fonctionne alors comme une éponge, aspirant l'eau par capillarité (…) L'eau s'évapore et le sel reste autour des racines, entravant leur capacité d'absorber l'eau.»

 

 «L’apport d’importantes quantités d’eau de surface jusque dans les champs a engendré une salinisation naturelle du sol et des strates de roches sous-jacentes, qui s’est dissoute et a filtré jusqu’à la nappe phréatique», confirme Avner Vengosh, professeur de géochimie et de qualité de l’eau à l’école d’environnement Nicholas de l’université Duke. «Avec le temps, l’accumulation des niveaux de sel dissous est devenue irréversible.» Résultat, la production de dattes des fermes de trois des oasis situées le plus au sud est menacée, car la concentration en sel est particulièrement élevée. «L’importation d’eau douce pour irriguer les cultures est une pratique qui se développe rapidement dans les régions arides, observe Avner Vengosh. Les Etats ont investi des milliards de dollars pour construire des réservoirs, des barrages, des canaux, des conduites et autres infrastructures pour apporter cette ressource vitale depuis les zones riches en eau vers celles où il en manque cruellement.»

 

Le chercheur estime que c’est, au mieux, une solution à court terme. D’autant plus dans un contexte de changement climatique, avec des précipitations en baisse au sud de la Méditerranée et dans les régions d’Afrique du Nord. La fonte des neiges et le ruissellement diminuant, les nappes phréatiques locales deviendront les seules sources d’eau potable pour les populations. «Protéger cette ressource vitale et aider les gouvernements dans ces zones désertiques à trouver de nouvelles sources d’approvisionnement, serait la démarche la plus sage à adopter sur le long terme», estime Avner Vengosh.

 

Pour preuve: la signature isotopique d’un affluent du Draa a mis en évidence qu’à l’endroit où s’écoule cette eau douce, la salinité des aquifères chute. Elle oscille alors entre 450 et 4.225 milligrammes par litre, ce qui rend possible la culture des palmiers dattiers. Les chercheurs indiquent que leur étude a suscité, chez les autorités locales, une prise de conscience des conséquences de l’irrigation mal maîtrisée.



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