Maria Neira: la santé au cœur du climat

Le 09 décembre 2015 par Romain Loury
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Maria Neira
Maria Neira
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En charge du département Santé publique et environnement à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Espagnole Maria Neira veut imposer la question sanitaire dans les négociations climatiques. Une tâche ardue, tant la santé environnementale demeure aussi peu connue des politiques que de la communauté médicale.

Parfaitement francophone du fait de ses études parisiennes, Maria Neira a pour le moins roulé sa bosse. Après Paris, l’Amérique du Sud et l’Afrique, elle entre à l’OMS en 1993, d’abord comme coordinatrice d’une «task force» sur le choléra. Elle la quittera brièvement en 2002 pour l’Espagne -dont elle a présidé l’Agence de sécurité des aliments avant de devenir vice-ministre de la santé- pour y revenir en 2005, prenant en charge le département Santé publique et environnement. Un poste où elle s’efforce de pousser la cause sanitaire dans l’arène climatique.

JDLE: Quels sont les risques sanitaires majeurs identifiés face au réchauffement climatique?

Maria Neira: Ils sont nombreux. Il y a d’abord ceux liés à la transmission des maladies vectorielles, dont la dengue et le paludisme, qui progressent dans des lieux où ne les voyait pas jusqu’alors. Je pense notamment aux montagnes qui surplombent Nairobi, où le paludisme, jusqu’alors inconnu dans ce coin, est désormais installé. Il y a également les vagues de chaleur, comme la canicule que l’on a connue en Europe en 2003. Plus largement, le réchauffement climatique touche les piliers de la santé, comme la nutrition, fragilisée par les impacts sur la production agricole, et l’accès à l’eau. Pour celui-ci, on observe que toute hausse de 1°C entraîne une augmentation de 9% des maladies diarrhéiques. Ces maladies tuent déjà beaucoup à travers le monde, et elles sont très sensibles aux variations météorologiques. Elles affectent en premier lieu les populations les plus pauvres, les plus vulnérables.

L’OMS estime que le réchauffement climatique pourrait entraîner, à partir de 2030, un surplus de 250.000 morts par an du fait de ces maladies. C’est un chiffre très rigoureux, établi par de bons modèles mathématiques, mais c’est aussi une estimation très «conservative»: il ne porte que sur les facteurs de risque liés de manière très directe au réchauffement climatique.

JDLE: Comment se fait-il que les aspects sanitaires du réchauffement climatique soient autant laissés de côté, non seulement par les négociateurs, mais aussi par la communauté médicale?

Maria Neira: Ce n’est pas par manque de nos efforts! Pour la pollution de l’air, qui tue chaque année 7 millions de personnes, tout le monde voit très clairement les liens avec la santé, par le simple fait d’avoir les yeux qui piquent. Pour le réchauffement, c’est beaucoup moins perceptible, et la prise de conscience est plus difficile. Pourtant, il n’y a plus aucune controverse scientifique à ce sujet.

Autre problème, les ministres de la santé sont complètement exclus des négociations climatiques, et eux-mêmes ne se rendent pas compte qu’ils sont déjà en train de traiter des maladies liées au réchauffement.

Nous essayons d’impliquer la communauté médicale, par exemple avec notre «appel à l’action» présenté lors de cette COP. Notamment sur la question de la qualité de l’air, sujet fortement associé au réchauffement: les pneumologues doivent s’engager politiquement, interpeller leur maire, afin de réduire la circulation urbaine. Il faut que les médecins reviennent à la question des biens communs, se ressaisissent de la cause des maladies, de la prévention primaire.

JDLE: Cette COP 21 aura-t-elle fait progresser la question sanitaire?

Maria Neira: Nous parlons avec tout le monde, notamment afin que des fonds puissent être affectés au domaine de la santé. Il y a des petits progrès, mais limités: le projet d’accord ne compte actuellement que 6 fois le terme «santé» [2 dans le projet d’accord publié mercredi 9 décembre]. Il est difficile de trouver sa place, car ces négociations portent avant tout sur des points techniques, sur des promesses de fonds, sur le statut juridique de l’accord. Mais même en l’absence d’un accord satisfaisant à Paris, l’OMS compte très prochainement avancer sur la question de la qualité de l’air.



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