Marée noire : Washington sous le feu des critiques

Le 20 mai 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les administrations américaines ont décidément bien du mal à gérer les catastrophes. En 2005, le gouvernement de George Bush avait été très critiqué pour son manque d’anticipation et de réactivité après le passage de l’ouragan Katrina. Cela pourrait être pire encore pour l’administration Obama. Car, en dépit des dénégations initiales des autorités, la marée noire provoquée par le naufrage de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon s’étend irrépressiblement.

 Comme le craignaient les responsables locaux, des boulettes de goudron et des plaques de pétrole commencent à souiller les plages et les bayous de Louisiane. Jusqu’à présent, seules les plages du Mississipi et de l’Alabama subissaient les assauts de la marée noire.

 Accusée de cacher les résultats des analyses de l’eau prélevée autour du site de l’accident, l’Agence pour la protection de l’environnement (EPA) est aussi sur la défensive. Egalement interrogée par des membres du Congrès, son administratrice, Lisa Jackson, a concédé que les analyses prenaient du temps. Et pour cause : de nombreux prélèvements sont réalisés par des équipes de… British Petroleum (BP).

 Mais le plus grave n’est peut-être pas là. Comme l’ont révélé des images prises par le satellite européen Envisat, une partie des nappes de pétrole a été happée par un très puissant courant qui forme une boucle dans le Golfe du Mexique avant de se diriger vers l’Atlantique en passant entre la Floride et Cuba.

 Dans un premier temps, ce « Loop current » devrait charrier du pétrole vers les plages de Floride, l’archipel des Keys (où se trouve la troisième plus importante barrière de corail du monde) et Cuba. Par la suite, la marée noire pourrait gagner l’Atlantique nord. Il aura fallu deux jours à la présidente de laNational Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) pour reconnaître la réalité de lamenace. Et encore. « Actuellement, le pétrole est effectivement dans le Loop current, a confirmé Jane Lubchenco, lors d’une audition parlementaire. Mais il doit être très dilué et ne devrait pas provoquer de gros dégâts ».

 Cette déclaration n’est pas sans rappeler l’attitude des responsables de la NOAA, après l’annonce, en fin de semaine dernière, de la découverte par des scientifiques de l’université de Géorgie, de vastes « nuages » de pétrole sous-marins. L’administration en charge de la mer reprochant aux océanographes de vouloir affoler les foules par des déclarations prématurées. Depuis, la NOAA a fait machine arrière et interdit à la pêche 19% des eaux américaines du Golfe du Mexique.

 En Floride, l’industrie touristique sonne déjà l’alarme. D’antant que des boulettes de goudron ont déjà été récupérées par les Garde Côtes sur les plages des Keys. Après analyse, ces résidus pétroliers n’ont rien à voir avec l’huile relâchée par le puits accidenté. Profitant de la marée noire, un navire a probablement dégazé. La même mésaventure s’est, semble-t-il, également produite au large du Texas. Qu’importe, la peur est là.

 Pour tenter de calmer le jeu, le secrétaire à l’Intérieur a annoncé, en début de semaine, qu’il allait scinder en trois institutions le très critiqué Management Mineral Services (MMS). En charge, notamment, de l’attribution des permis de forages pétroliers, le MMS a la réputation de n’avoir rien à refuser aux compagnies pétrolières. Pour tuer dans l’oeuf tout soupçon de corruption, Ken Salazar va créer un bureau devant attribuer les permis de forage, une administration en charge de la sûreté des installations pétrolières et un bureau devant collecter les royautés.

 Hélas, cette réforme annoncée ne devrait pas faire baisser la fièvre tout de suite. Le MMS est sur le point d’autoriser Shell à forer, avant l’été, dans les mers de Beaufort et des Tchouktches. Fragiles, ces régions polaires seraient particulièrement meurtries en cas d’accident pétrolier. Ce qui a conduit plusieurs scientifiques de l’institution à s’opposer à l’octroi de permis de recherches d’hydrocarbures dans ces zones. Une bizarrerie relevée dans un récent rapport du Government Accoutability Office (GAO), l’équivalent américain de la Cour des comptes.



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