Marée noire : BP joue son va-tout

Le 05 mai 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

Démentant ses contradicteurs, qui lui reprochent de ne pas mettre tous les moyens en œuvre pour juguler les conséquences de l’accident de la plate-forme Deepwater Horizon, BP accélère le pas.

 Ce mercredi matin, 5 mai, les experts du pétrogazier britannique embarquaient sur un navire de soutien un monumental couvercle de confinement en acier. Pesant une centaine de tonnes, cette première boîte, d’une série de trois, est peut-être la dernière chance d’éviter un désastre incontrôlable. Si la mer reste clémente, elles devraient être posées sur les trois fuites de pétrole repérées par les huit robots sous-marins qui sillonnent le site de la catastrophe. Ces installations ont été conçues pour canaliser les écoulements de pétrole, facilitant ainsi leur récupération par une barge spécialisée.

 

Mais le succès de l’opération n’est pas certain. Raison pour laquelle, BP a entamé, dimanche, le creusement d’un nouveau puits à proximité du puits endommagé, responsable de la marée noire. Dès qu’il sera opérationnel, ce qui peut prendre plusieurs mois, ce puits de secours permettrait de siphonner le pétrole de Deepwater Horizon, mettant ainsi fin aux rejets en mer. Mais personne aux Etats-Unis n’ose imaginer en arriver là, tant les conséquences du naufrage du 20 avril sont considérables.

 

Selon des photos prises par des satellites d’observation, la nappe d’hydrocarbures couvre déjà 23.000 kilomètres carrés. Et elle s’étend chaque jour un peu plus, au gré des courants, des vents et des écoulements d’or noir. Initialement estimé à 800.000 litres par jour, le volume des fuites pourrait s’accroitre avec le temps. Mardi, une commission parlementaire a auditionné des représentants de BP. Et selon le député Edward Markey, il n’est pas impossible que le flux de brut puisse atteindre 9,6 millions de litres de brut par jour dans certaines circonstances défavorables.

 

D’autres circonstances tout aussi défavorables s’annoncent déjà devant les tribunaux. Vendredi, un célèbre cabinet d’avocats de Houston a déposé plainte contre BP et Transocéan, le propriétaire de la plate-forme accidentée. Mark Lanier et ses assistants cherchent, en fait, à monter une « class action », pour défendre les intérêts des habitants de Louisiane dont la qualité de vie ou le travail sont menacés par la marée noire. Une initiative qui, n’en doutons pas, ne restera pas isolée.

 

D’autant qu’une nouvelle polémique enfle sur les bords du golfe du Mexique. Des océanographes et des écologistes critiquent l’utilisation massive de dispersants par BP et les autorités en charge de l’organisation des secours. Selon ProPublica, environ 500.000 litres de ces surfactants ont été largués sur la nappe de pétrole. Par ailleurs, des équipes testent une nouvelle technique qui consiste à injecter du dispersant dans le pétrole dès qu'il se répand dans l'eau, avant même qu'il ne rejoigne la surface, « avec des résultats encourageants », indique BP.

 

Or, ces produits chimiques ne sont pas inoffensifs. Fabriqué par une filiale d’Exxon, le Corexit (dont la composition est confidentielle) est réputé contenir de l’éther monobutylique de l’éthylène-glycol (2-butoxyethanol), un solvant nocif. Autre critique, récurrente cette fois, l’usage des dispersants provoque le fractionnement de la nappe de pétrole. Fragmentée, l’huile s’agglomère en lourdes gouttes qui finissent par nager entre deux eaux, où elles sont, en principe, décomposées par les bactéries marines. Certes, la surface – et donc le rivage - sont ainsi nettoyés, mais pas la subsurface. « Soit vous tuez les oiseaux, soit vous tuez les poissons », résume, lapidaire, Mark Floegel de Greenpeace.

 

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus