Marché carbone: la France joue les cigales

Le 06 septembre 2006 par Laure Pollez
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MDP
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Si la France, par la voix de Nelly Olin, continue à faire de beaux discours sur le protocole de Kyoto, elle agit toujours aussi peu. Exemple avec les mécanismes de développement propre qui bénéficient d'un soutien gouvernemental limité.

2008: la première période d'engagement du protocole de Kyoto s'ouvre, la tonne de carbone émise doit se faire plus rare, elle devient un bien limité qui s'échange au niveau international. Anticipant qu'il y aura alors une pénurie de droit d'émission, certains acteurs, publics et privés, font déjà des réserves: le protocole de Kyoto prévoit en effet que les Etats qui ne parviendraient pas à respecter leurs engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) pourraient les compenser par des programmes à l'étranger.

Deux outils de compensation sont créés: le mécanisme de développement propre (MDP, article 12 du protocole) et la mise en oeuvre conjointe (MOC, article 6 du protocole). Dans les deux cas, il s'agit de générer des économies d'émissions de GES dans un pays étranger et d'en tirer des crédits carbone. Le MDP doit se situer dans un pays en développement, non engagé dans Kyoto, et le MOC s'effectue dans un pays avancé, déjà contraint à des réductions. Les deux sont soumis à validation par le secrétariat de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), à Bonn (Allemagne).

Fin 2005, le marché des actifs carbone s'élevait à plus de 3 milliards d'euros, au terme d'une année qui avait vu entrer en vigueur le protocole et doubler, en conséquence, les capitaux investis. Plus de trente fonds d'investissement existent, aujourd'hui, dont la moitié sont des fonds gouvernementaux. Mais pour l'instant, la France a décidé de s'abstenir. En février 2005, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a bien annoncé une offensive «Kyoto plus» avec la création d'un «Fonds carbone» doté de 50 millions d'euros. Mais rien n'est venu depuis, la doctrine étant que la France remplira ses objectifs sans recourir à ces mécanismes compensatoires. D'ailleurs, dans les secteurs déjà contraints, les entrepreneurs ne sont pas plus encouragés, du fait d'une allocation de quotas encore très large.

La France est donc peu présente sur le marché des MDP (les MOC, qui porteront sur les crédits carbone excédentaires des pays engagés, ne seront pas opérationnels avant le début de la période d'engagement, en 2008). Sur les 272 projets MDP validés à ce jour par l'ONU, seuls 7 impliquent la France, contre 50 pour les Pays-Bas, 38 pour le Royaume-Uni ou 10 pour l'Espagne, par exemple.

Du coup, «le savoir-faire français dans ce domaine est beaucoup moins développé qu'ailleurs», constate Olivier Kreiss, président du cabinet de conseil Eco-Carbone, qui se spécialise depuis 2003 sur ce marché. De fait, pour l'instant, chez Eco-Carbone, la clientèle est étrangère et les subventions aussi, obtenues notamment auprès du BioCarbon Fund de la Banque mondiale. Le cabinet ne manque cependant pas de projets, preuve de la vitalité du marché international: si tout va bien, l'ONU validera 5 de ses dossiers d'ici la fin de l'année pour des MDP développés en Chine.

A jouer ainsi les cigales, si la France n'est pas dans les clous à l'horizon 2012 (ce qui dépendra beaucoup de sa croissance économique) et s'il y a effectivement pénurie de permis carbone, elle risque de devoir alors payer le prix fort. Car un MDP ne se construit pas en un jour: le montage de tels dossiers suppose un lourd investissement en temps (un à deux ans) et en argent. «Les règles sont nombreuses et l'évaluation peut-être parfois trop sérieuse: cela peut peser sur l'initiative. En même temps, c'est la garantie que le système est rigoureux», tempère Olivier Kreiss. Et un cadre dans lequel la stratégie de la fourmi pourrait payer.




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