Manifeste pour une «agroécologie paysanne»

Le 10 février 2014 par Marine Jobert
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Une adventice, une mauvaise herbe ou un coquelicot?
Une adventice, une mauvaise herbe ou un coquelicot?
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«Agroécologie»: l’expression fait florès depuis qu'elle a été bombardée comme pierre angulaire de la loi d'avenir agricole par Stéphane Le Foll. Mais le concept, né dans les années 1930, peine à trouver une définition qui fasse consensus. C’est ce que viennent de rappeler une dizaine de mouvements associatifs, syndicaux et professionnels[1], auteurs d’un manifeste qui vise à définir une «agroécologie paysanne». Une expression forgée «pour la distinguer de la campagne de communication du ministère de l’agriculture qui brandit le drapeau de l’agroécologie dans le seul but de mieux camoufler la fuite en avant de l’agriculture industrielle vers la marchandisation du vivant et la bioéconomie».

 

Ils dénoncent en vrac «les méthaniseurs industriels qui détournent la production alimentaire au profit de la poursuite du gaspillage énergétique, les semis directs avec l’herbicide Round Up® et les technologies génétiques destinées à breveter les semences», qualifiés de «supercheries (…) scandaleusement inscrites sous le vocable agroécologie par ce ministère». Selon eux, l’agroécologie trouve ses lettres de noblesse dans un «corpus de pratiques vivantes et de mouvements sociaux», nourrissant un objectif politique de «transformation sociétale globale qui touche tous les secteurs d’activité (énergie, transformation, commerce, transport, habitat, éducation, santé, etc.)».

 

«[L’agroécologie selon Le Foll], c’est du verdissement de l’agriculture industrielle, estime Jordy Van Den Akker, l’un des principaux rédacteurs de cet appel. De la même façon que Mac Do a passé ses enseignes au vert et sert quelques aliments bio, on assiste à une opération de ‘greenwashing’ avec cette réorientation vers l’agroécologie.» Bien sûr, admet le paysan boulanger, installé dans le Tarn, il y a bien quelques évolutions par rapport à la politique agricole commune actuelle. Comme la prime verte ou la majoration de l’aide sur les premiers hectares (jusque 52 ha). «Mais ce sont de petites touches, face à une situation qui est grave.» Et de citer les suicides en nombre dans la profession, les paysans qui vont toquer aux Restos du cœur, les fils d’agriculteurs dissuadés par leurs propres parents de s’installer et les aspirants paysans confrontés à un prix du foncier rédhibitoire. «Jusqu’où va-t-on faire diminuer notre population agricole pour grossir les rangs du chômage?», demande t-il.

 

«La généralisation d’une agriculture écologique (…) constitue un véritable choix politique allant plus loin que de simples évolutions techniques», écrivent également les organisations. C’est peut-être là –autour de cette notion de «techniques»- que réside le clivage le plus profond entre les différentes définitions du concept d’agroécologie. Car, comme le rappelle Michèle Tixier-Boichard, directrice scientifique adjointe Environnement à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), trois concepts s’entremêlent sous un même vocable. D’abord –et c’est la définition privilégiée par l’Inra- l’agroécologie est d’abord et avant tout un objet d’études «scientifique». Certains préfèrent souligner les pratiques culturales qui y sont associés, quand d’autres privilégient la vision sociale sous-tendue par le concept. «Nous avons commencé à travailler sur l’agroécologie l’automne 2011, sans agenda politique, rappelle Michèle Tixier-Boichard. Ce n’est que plus tard que le ministre a annoncé vouloir mener une politique agricole plus productive, mais avec moins d’intrants.» Et de bien insister: «Nos recherches ne sont pas l’instrument d’une réflexion politique, ce sont des questions de connaissance qui se posent.». Elle dit comprendre que des paysans dont les pratiques, marginalisées par l’agriculture productiviste, sont à nouveau validées, expriment haut et fort leur point de vue «militant».

 

«Nous remettons en cause la notion même de progrès et de développement, précise Jordy Van Den Akker. En théorie, les techniques sont neutres, mais elles sont en fait pensées pour un certain mode de production. Aujourd’hui, un pays développé a peu d’agriculteurs et beaucoup de machines.» Et de conclure: «Les techniques nécessaires, on les a largement». De quoi alimenter les conversations lors des Etats généraux de l’agriculture et de l’agroalimentaire organisés par la FNSEA pendant le prochain salon de l’agriculture. Quatre ministres y sont attendus.

 

 

 

 



[1] La Confédération paysanne, Nature & Progrès, réseau Ecobâtir, Agir ensemble pour une économie équitable (Minga), Fadéar (réseau de l’agriculture paysanne), le  mouvement inter-régional des Amap, Aspro PNPP (pour une reconnaissance des alternatives aux pesticides), le BEDE (projet agricole, projet de société), Terre & Humanisme, Les Amis de la terre, La Ligne d’horizon, le réseau Semences paysannes.

 



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