Mangerons-nous encore longtemps du poisson?

Le 11 mai 2011 par Célia Fontaine
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Stéphan Beaucher
Stéphan Beaucher

Plus un poisson d’ici 30 ans? C’est la question que pose Stéphan Beaucher, dans son ouvrage à paraître le 12 mai. Rencontre avec l’auteur, consultant indépendant en matière de gestion et de politique des pêches, ancien responsable de la campagne Océans de Greenpeace France.

Quel regard portez-vous sur la politique de la pêche d’aujourd’hui?
 
Le constat est accablant. Comme aucune politique de pêche n’a donné de résultats encourageants, c’est l’abandon total. En France, le secteur de la pêche représente 1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires, c’est le chiffre d’affaires de la tomate. Mais le secteur reçoit 875 millions € de subventions.
Avec les progrès techniques (congélation de la ressource, bateaux plus performants) et la demande qui s’est accrue dans les pays développés, la consommation de poisson a augmenté de 2% par an dans nos contrées. C’est la deuxième source de protéine la plus consommée, juste derrière le porc. Mais entre ce qui est techniquement faisable et ce qui est éthiquement acceptable, il faut choisir.
 
Il faut donc arrêter de manger du poisson?
 
A cause des magazines féminins notamment, on croit que l’on peut trouver les fameux omegas 3 uniquement dans le poisson. Or la mâche en contient tout autant. Il faut donc laisser les ressources en poisson à ceux qui en ont vraiment besoin, comme en Mauritanie, et reporter ailleurs nos propres envies gastronomiques.
 
Quid de l’élevage?
 
Depuis 20 ans, les décideurs politiques croient que l’aquaculture va prendre le relais. Mais les effets de cette technique sont désastreux, tant pour l’environnement que pour les poissons eux-mêmes. Il faut 5 kg de poissons sauvages pour nourrir 1 kg de poisson d’élevage. Les cages sont surpeuplées par manque de place et les bactéries prolifèrent. Au Chili, une épidémie a décimé 80% du cheptel de saumons. De plus, l’aquaculture n’est pas pourvoyeuse d’emplois.
Comme on ne maîtrise pas la reproduction du poisson sauvage, il faut être beaucoup plus respectueux de ces stocks qui représentent un bien commun.
 
Etes-vous optimiste sur la réforme de la politique commune de la pêche en cours?
 
La commissaire à la pêche Maria Damanaki a l’air d’être volontaire, notamment sur la question de l’interdiction des rejets en mer des poissons morts. Tout devrait être valorisable, c’est aux transformateurs d’agir pour récupérer les produits de la mer et en faire du consommable en évitant les gâchis qui existent aujourd’hui. Mais d’un autre côté, la commissaire va être obligée de céder sur certains points, comme les quotas individuels et transférables[1]. Pour la première fois se pose la question de la privatisation. Certains pensent que le système des quotas individualisés peut être efficace pour préserver les ressources, mais comme pour tout système de ce genre il peut y avoir des effets pervers à cause de la spéculation. La proposition officielle doit sortir le 13 juillet prochain, le débat va ensuite durer 6 mois, c’est la première fois qu’il y aura une procédure de co-décision (entre le Parlement et le conseil Pêche) sur ces questions. L’entrée en vigueur de la réforme est attendue pour le 1er janvier 2013.


[1] Dans ce cadre, le quota est distribué individuellement à un pêcheur ou à une coopérative, plutôt que globalement au pays. Cela revient à privatiser les stocks de pêche en considérant les allocations comme des actions, avec des échanges de quotas possibles.


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