Malgré le Médef, le gouvernement publie la SNBC et la PPE

Le 23 avril 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Elisabeth Borne n'a pas entendu les suppliques du patron des patrons.
Elisabeth Borne n'a pas entendu les suppliques du patron des patrons.
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En dépit du lobbying du président du mouvement des entreprises de France (Médef), l’administration d’Edouard Philippe a publié, ce 23 avril, la stratégie nationale bas carbone (SNBC ) et la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).

C’est la réponse de la bergère au berger. La bergère, c’est Elisabeth Borne. Le berger, c’est Geoffroy Roux de Bézieux.

 

Dans un courrier adressé le 3 avril à la ministre de la transition écologique et solidaire, le président du Médef demande «un moratoire sur la préparation de nouvelles dispositions énergétiques et environnementales.»

 

 

 


Le cousin de l’ancienne ministre de l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, souhaitait notamment reporter l’application de la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, de la programmation pluriannuelle de l’énergie (2020-2028) et du décret (à paraître) instaurant, dans le cadre de la loi LOM, les zones à faible émissions mobilité.


L’ancien commando marine voulait aussi retarder l’exécution du décret 2020-283 du 1er avril 2020 portant dérogation au principe de suspension des délais pendant la période d'urgence sanitaire. La priorité des l’entrepreneurs, doit comprendre la ministre, «est de surmonter la crise et de travailler à la survie de nos entreprises.» On s’occupera du superflu plus tard.


La ministre de la transition écologique a signé, mardi 21 avril, les deux décrets relatifs aux budgets carbone nationaux, à la stratégie nationale bas-carbone (SNBC) et à la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE).


Le Journal officiel a publié les deux textes, ce jeudi 23 avril. Il était d’ailleurs difficile de se retenir plus longtemps ! La semaine passée, la France a communiqué, avec quatre mois de retard, à la Commission européenne son plan national intégré énergie-climat (NECP 2020) qui synthétise, précisément, SNBC et PPE.


Peu de choses ont évolué depuis l’ultime consultation publique du début d’année de la PPE. L’échéance de la fermeture des centrales au charbon a été ramenée de 10 à 5 ans. L’accès aux tarifs d’achat en guichet est désormais ouvert à des centrales photovoltaïques de 300 kWc, contre 100 kWc précédemment.


Parmi les nouveautés introduites par la nouvelle PPE : l'absence de plan stratégique demandé à EDF. Il est vrai que l'opérateur historique ne doit simplement fermer que 14 réacteurs d'ici à 2035 dans des conditions peu claires. Ce n'est vraiment pas nécessaire d'intégrer pareille pécadille dans un plan stratégique.


Petite interrogation pour finir : ces documents sortiront-ils indemnes de la crise? Dans un communiqué, le syndicat des énergies renouvelables (SER) semble en douter.

«Le SER alerte sur l’importance du respect indispensable du calendrier figurant dans la PPE malgré la période que nous traversons. Tout retard fragiliserait encore davantage les entreprises du secteur, développeurs et industriels, en particulier les ETI et les PME, et nous éloignerait des objectifs que la France s’est fixé de parvenir à 33% d’énergies renouvelables dans son mix énergétique en 2030 et d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050.» On ne saurait mieux dire.