Maladies émergentes: la dengue et le chikungunya pour bientôt?

Le 09 octobre 2012 par Romain Loury
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Aedes albopictus est désormais installé et actif dans 9 départements métropolitains.
Aedes albopictus est désormais installé et actif dans 9 départements métropolitains.

Au cours des prochaines années, le risque de voir le paludisme ré-émerger en France métropolitaine semble très faible, tandis que celui de dengue ou de chikungunya paraît presque acquis, ont estimé, lundi 9 octobre, plusieurs experts de la lutte antivectorielle en ouverture de la conférence E-SOVE (European Society for Vector ecology).

Moustiques, phlébotomes, moucherons, mouches, punaises et tiques… soit environ 14.500 insectes vecteurs de maladies infectieuses, au centre de la 18e conférence annuelle E-SOVE, qui rassemble de lundi à jeudi à Montpellier 327 chercheurs originaires de 47 pays, du Nord comme du Sud.

Entre autres sujets abordés, les facteurs influençant la répartition géographique de ces vecteurs, dont dépendra le risque de voir des maladies tropicales émerger -ou réémerger- au Nord. Ces facteurs, aussi bien humains (urbanisation, mondialisation des échanges, etc.) que climatiques, vont conditionner la rencontre avec des agents de maladies.

Parmi ces derniers, des virus, des bactéries et des parasites ramenés en métropole par les «cas importés», à savoir des personnes infectées à l’occasion d’un voyage ou des migrants. Exemple type: le moustique-tigre (Aedes albopictus), qui transmet les virus de la dengue et du chikungunya. Arrivé en métropole en 2004 depuis l’Italie, on l’estime désormais «implanté et actif» dans 9 départements français [1]. Ce qui leur vaut un classement en niveau 1, selon le plan gouvernemental anti-dissémination dengue/chikungunya, mis en place après l’épidémie survenue en 2005-2006 à La Réunion.

Vu le rythme d’extension du moustique-tigre, la survenue de cas autochtones de dengue ou de chikungunya semble quasi-inéluctable en France métropolitaine, estime Didier Fontenille, chercheur à Montpellier où il dirige le Mivegec [2]. Cet insecte prolifère dans de petits points d’eau stagnante, par exemple dans les jardins domestiques. De quoi favoriser d’éventuels contacts avec les virus importés, explique le chercheur. Mais si le risque va certainement augmenter, «personne ne peut prédire où se situeront les foyers», reconnaît-il.

Outre La Réunion et Mayotte, le chikungunya est à l’origine de deux cas autochtones en France métropolitaine, à Fréjus en 2010. Dans le nord de l’Italie, une épidémie a éclaté en 2007, provoquant une centaine de cas. Quant à la dengue, présente dans les Antilles françaises et en Guyane, elle a causé deux cas autochtones en 2010 à Nice.

Rien de tel pour le paludisme, maladie qui, après avoir fait des ravages en Camargue jusqu’au XIXe siècle, a été rayée de la carte métropolitaine au cours du XXe -tout en demeurant présente en Guyane et à Mayotte. Si ce n’est un cas autochtone en Corse en 2006, les chances de la voir ré-émerger dans un avenir proche seraient faibles. «Il n’y a plus de contact entre le parasite et les moustiques des marécages», tels ceux du genre Anophèles retrouvés notamment en Camargue, explique Vincent Robert, chercheur au Mivegec et président du comité scientifique de la conférence E-SOVE.

Estimés à environ 5.000 par an, les «cas importés» de paludisme (touristes de retour, migrants) vivent plutôt dans les villes, loin des milieux où pullule le vecteur. A la différence de la Grèce, seul pays d’Europe régulièrement sujet à des cas autochtones de paludisme: 33 entre mai et décembre 2011, 9 depuis fin juin 2012, selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Une situation qui s’expliquerait par l’alliance de deux facteurs: d’une part, la Grèce constitue, via la Turquie, une porte d’entrée des immigrants clandestins en Europe, notamment de personnes originaires de pays touchés par la maladie.

D’autre part, les deux régions grecques les plus touchées, la Laconie et l’Attique, présentent une forte activité agricole, souvent assurée par des travailleurs étrangers, et un climat humide propice au moustique. Mais ce retour grec du paludisme est aussi «probablement lié à la crise que rencontre le pays, qui a peut-être laissé tomber la surveillance», avance Vincent Robert.

Au-delà des maladies humaines, la conférence E-SOVE aura trait à celles touchant les animaux. Parmi elles, la récente épidémie liée au virus Schmallenberg [JDLE], apparu fin 2011 en Allemagne, et qui a touché les élevages (ovins, bovins, caprins) de plusieurs pays européens, surtout la France, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. «En France, il n’y a pas encore eu de foyer au sud du Massif central, mais je ne serais pas surpris que l’an prochain, la maladie continue à s’étendre vers le sud», prévoit Thierry Baldet, chercheur montpelliérain au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).

Qu’elles soient humaines ou animales, «la France est l’un des pays les mieux préparés à ces maladies», avance Didier Fontenille. «Elle dispose d’assez nombreux chercheurs qui tirent la sonnette d’alarme, son système de santé fonctionne bien, et elle a des départements tropicaux qui lui permettent de se maintenir en activité: on sait ce que c’est que la dengue ou le chikungunya».

 

[1] Ces 9 départements de forte implantation sont les Alpes-Maritimes, les Alpes de Haute Provence, le Var, les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, le Gard, l’Hérault, la Haute-Corse et la Corse-du-Sud. Présent dans d’autres départements, le moustique-tigre a été détecté cet été en Ile-de-France.

[2] Le Mivegec (Maladies infectieuses et vecteurs: écologie, génétique, évolution et contrôle) est une unité mixte de recherche (UMR) des universités Montpellier 1 et Montpellier 2, du CNRS et de l’Institut de recherche pour le développement (IRD).



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