Mais que sont les boues rouges hongroises devenues?

Le 14 juin 2011 par Geneviève De Lacour
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Le village de Kolontar, le plus touché par les boues toxiques
Le village de Kolontar, le plus touché par les boues toxiques

Huit mois après la catastrophe hongroise qui a vu le déversement d’énormes quantités de boues rouges très toxiques, une conférence internationale se tenait à Budapest du 23 au 25 mai dernier pour faire le bilan de la catastrophe. Jacques Bureau, l’expert français ayant participé à la mission diligentée par l’Europe quelques jours après l’accident, a également pris part au colloque de restitution de Budapest. L’occasion pour lui de revenir sur l’accident, et sa gestion par les autorités hongroises.

Le 4 octobre dernier, la rupture d’une digue le long d’un parc à résidus d’une usine de bauxite-aluminium de la ville d'Ajka, à 160 kilomètres à l'ouest de Budapest (Hongrie), provoquait le déversement d’un flot de 800.000 tonnes de boues rouges très toxiques. Au total, 7 villages situés à proximité de l’aluminerie ont été touchés, à des degrés différents, par la pollution. La catastrophe a provoqué la mort d’une quinzaine de personnes. 150 personnes ont été brûlées par ces matériaux très caustiques (pH 12). Une partie de 50 ans d’entreposage de résidus s’est donc déversée dans la rivière Torna et vers les habitations des villages de Kolontar et de Devecser, les deux villages les plus sévèrement touchés. Les boues se sont écoulées sur 15 km de long et 5 km de large.

Le 11 octobre, Jacques Bureau, écotoxicologue et responsable du pôle Evaluation des risques à l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) débarquait en Hongrie avec 4 de ses collègues (un Autrichien, un Allemand, un Belge et une Suédoise), tous mandatés par le mécanisme européen d’aide à la protection civile via le MIC (The Monitoring and Information Centre -Bruxelles) relayée en France par le Centre opérationnel de gestion interministérielle des crises (le Cogic). Leur mission consistait à évaluer l’impact environnemental de la catastrophe, en particulier sur les terres agricoles, l’eau de surface et souterraines, la faune et la flore. Elle avait également pour but de proposer des solutions de décontamination et de réhabilitation des sites impactés. «Dès notre arrivée, nous avons réclamé des informations sur la composition des boues, sur la qualité des eaux de surface et des nappes phréatiques. Mais en raison de l’absence d’un centre de gestion de la crise, nous avons dû attendre la fin de la mission pour consulter les premiers documents. D’ailleurs, certains n’étaient rédigés qu’en hongrois», explique Jacques Bureau. Et l’expert d’observer: «La moitié des personnes qui nettoyaient la zone ne portaient pas de masque de protection. Les opérations ont tardé à démarrer». Il semblerait que les sauvetages aient pâti d’un manque d’organisation et de l’absence d’une véritable cellule de crise.

Entre le 11 et le 15 octobre 2010, les experts ont remarqué que l’usine ne s’était jamais arrêtée de fonctionner, même pendant la catastrophe. «Les responsables de l’usine ont changé de procédé mais n’ont pas eu le temps de construire un 11e bassin», précise Jacques Bureau. L’usine avait été privatisée en 1993, à la chute du régime communiste et elle a été renationalisée quelques semaines après l’accident. Depuis, une nouvelle digue a été construite pour parer un éventuel deuxième déversement. Lors de leur mission, les experts ont pu constater que les digues avaient souffert d’un manque général d’entretien.

Les premières mesures prises par les Hongrois ont consisté à réduire la causticité avec du gypse. «Il s’agit du moyen le plus soft donnant des résultats utiles», précise l’écotoxicologue. «De notre côté, nous avons fait des recommandations de dépollution dans le document remis aux autorités hongroises, à la fin de la mission. Mais nous ne savons pas si ces recommandations ont été prises en compte par celles-ci

La région d’Ajka est une région tourbeuse où la nappe phréatique est très peu profonde. Les nappes sont donc particulièrement exposées à la pollution puisque les bassins de rétention ne sont pas isolés du sol. Mais selon l’expert, «les sols tourbeux permettent de neutraliser sur place ces boues toxiques. Les métaux se fixent sur les composés organiques du sol. Les tourbes agissent en quelque sorte comme des éponges naturelles».

L’une des préoccupations sur place a été d’évaluer l’impact des poussières provenant des boues qui s’assèchent. «Ce sont les poussières les plus fines (de l’ordre du nanomètre) et donc les plus dangereuses qui se sont dispersées en premier.» Un système de surveillance de la qualité de l’air a donc été mis en place.

En ce qui concerne l’impact de la pollution sur la nappe phréatique, «nous n’avons obtenu des informations que sur un seul puits. De plus, il était difficile, vu le temps imparti, de savoir quel usage font les riverains de la nappe phréatique. Est-ce que les villageois possèdent des puits et utilisent l’eau de la nappe pour une consommation propre ? Nous ne le savons pas.»

Jacques Bureau fournit une dernière impression sur ce qu’il a pu observer quelques jours après la catastrophe. «Nous avons été étonnés que les populations aient été autorisées à rentrer chez elles au bout de si peu de temps.» L’expert fait alors comprendre que ce sont les villageois qui ont été chargés de nettoyer la zone. «Le problème quand on nettoie avec un système à haut débit d’eau, c’est que cela favorise la dispersion des poussières et donc la contamination des voies respiratoires

Cette première mission devait être suivie d'une seconde mission en février 2011, puis d'une troisième en octobre 2011. Mais en janvier 2011, la Hongrie a averti la direction de la protection civile européenne qu'elle n'estimait plus utile de s'appuyer sur une mission extérieure. «Cette mission a été frustrante pour nous». Jacques Bureau estime en effet que la Hongrie souhaitait davantage montrer au reste de l’Europe sa maitrise de la situation qu’elle ne réclamait une véritable aide technique.

 


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