Macron, expert en «comitologie» de la transition

Le 26 avril 2019 par Stéphanie Senet
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Au programme un nouveau conseil et une nouvelle conférence
Au programme un nouveau conseil et une nouvelle conférence

 

Le président Macron s’est contenté d’annoncer, le 25 avril lors d’une conférence de presse, la création de deux nouvelles instances en charge de définir les priorités de la transition. Deux de plus.

Haut conseil pour le climat en novembre, Conseil de défense écologique en avril. A la pointe de la «comitologie», le président Macron crée une énième instance qu’il présidera de manière régulière, et qui réunira le Premier ministre, les principaux ministres chargés de la transition (sans doute écologie, agriculture, cohésion des territoires et finances) et les grands opérateurs de l’Etat. Ses missions seront de faire «les choix stratégiques» et de «mettre l’urgence climatique au cœur de toutes les politiques».

Au travail citoyens

Deuxième annonce, en écho à la crise des gilets jaunes: la création d’une convention citoyenne. Composée de 150 personnes tirées au sort dès le mois de juin, celle-ci sera chargée de redessiner les aides apportées aux citoyens pour accompagner leur transition en matière de transports, rénovation énergétique (isolation ou chauffage) et éventuellement proposer de nouveaux financements et mesures incitatives. Une mesure qui n’engage à rien et qui est victime d’amnésie, quelques jours après la synthèse du Grand débat national, qui a fait l’objet de conférences citoyennes, et dont la transition écologique représentait l’un des quatre thèmes.

Pour mémoire, aux côtés du récent Haut conseil pour le climat, composé de 13 experts, il existe déjà un Conseil national de la transition écologique (CNTE) issu du Grenelle de l’environnement et regroupant 5 collèges de la société civile, mais aussi le Conseil économique, social et environnemental (Cese) qui émet régulièrement des avis sur la mise en œuvre de la transition.

Rendez-vous mardi / Le ministre de la transition écologique François de Rugy a précisé, ce 26 avril, que le projet de loi sur l'énergie serait présenté mardi 30 avril en conseil des ministres.

Lois Energie et Economie circulaire

Lors de son allocution, le président a par ailleurs affirmé défendre au niveau européen un prix minimum du carbone, une taxe carbone aux frontières, et une finance verte plus ambitieuse. Il a aussi glissé que le projet de loi Energie devrait sortir «la semaine prochaine». Promis avant l’été, celui sur l’économie circulaire devrait être connu «dans les semaines à venir». Aucune mesure en revanche sur la fiscalité écologique. La taxe carbone, qui a été le détonateur de la crise des gilets jaunes, n’a même pas été citée.

« Aucune mesure concrète »

Sans surprise, les écologistes restent sur leur faim. Le député Matthieu Orphelin (ex LREM) s’est dit très déçu par l’absence de nouvelles mesures concrètes pour accélérer la transition écologique et solidaire, tant sur les mobilités que sur la rénovation des logements et sur la lutte contre la précarité énergétique. Il a toutefois a salué la création de la convention de citoyens, alors que lui-même avait proposé de créer une assemblée de 577 personnes tirées au sort inspirée du modèle irlandais.

«Encore une occasion perdue pour la biodiversité», ont réagi de concert plusieurs associations environnementales, dont le réseau France Nature Environnement, Humanité et Biodiversité, et la Ligue de protection des oiseaux (LPO), alors que l’IPBES[1] doit rendre son premier rapport sur l’état mondial de la biodiversité à Paris le 6 mai. Les ONG citent l’une des conclusions des conférences citoyennes régionales : «malgré une prise de conscience générale, l’action n’est pas à la hauteur des enjeux. Elle n’est ni assez rapide ni assez ambitieuse face à une situation très inquiétante pour notre planète : pollution de l’air et des sols, réchauffement climatique, épuisement des ressources, chute rapide de la biodiversité, disparition des espaces naturels à cause d’une urbanisation débridée». L’objet d’un prochain débat ?

 



[1] Plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (l’équivalent du GIEC pour le climat)



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