Machines agricoles: vers une réduction de leur impact environnemental

Le 20 mars 2009 par Sabine Casalonga
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Un colloque intitulé «Performances environnementales des machines agricoles: quels outils pour l’évaluation et la conception?» a été organisé par le Cemagref (1) et le Cetim (2), jeudi 26 février, à l’occasion du salon SIMA (3). La conception de tracteurs plus respectueux de l’environnement est en effet une des clés d’une agriculture plus verte.

«L’évolution de la conception, du réglage et de l’utilisation des agro-équipements représente une des réponses aux enjeux du plan Objectif Terres 2020, présenté par le ministre de l’agriculture Michel Barnier le 19 février», souligne Patrick Falcone, de la direction générale des politiques agricole, agroalimentaire et des territoires. Parmi les objectifs de ce plan figurent les mesures issues du Grenelle de l’environnement: la réduction de 50% de l’utilisation des pesticides (plan Ecophyto 2018), la part de 30% d’exploitations agricoles à faible dépendance énergétique d’ici 2013 (plan de performance énergétique), ainsi que la préservation de la biodiversité. Le plan de performance énergétique préconise ainsi une mutualisation des engins agricoles entre utilisateurs, leur meilleur contrôle et réglage, ainsi que l’éco-conduite (4). Le parc français des tracteurs s’élève à un million d’engins. «Le critère de performance énergétique est le plus simple à mettre en œuvre, même si du point de vue environnemental, son impact est modeste», souligne Lionel Vilain de France nature environnement (FNE). D’autant que, la consommation de carburant des machines représente moins de 40% du besoin énergétique total de l’exploitation agricole.

Au travers de plusieurs de ces projets de recherche, le Cemagref participe à la mise au point de techniques agricoles plus respectueuses de l’environnement. En 2008, une de ses équipes a ainsi été chargée par le ministère de l’agriculture d’établir un classement des tracteurs en fonction de leur efficience énergétique, sur le modèle d’un outil mis en place en Espagne depuis deux ans et conformément à l’une des mesures du plan de performance énergétique. «A l’inverse d’une voiture, les tracteurs exercent de multiples fonctions autres que le transport (…). C’est toute cette complexité qu’il faut prendre en compte», explique Stéphanie Lacour du Cemagref d’Antony, en charge du projet. Les données acquises serviront également à la conception des engins de demain. L’élaboration d’un classement à l’échelle européenne est jugée préférable par les constructeurs français afin de ne pas pénaliser leurs exportations.

Hormis la consommation d’énergie et les émissions de CO2, les tracteurs engendrent d’autres impacts environnementaux, tels que le tassement du sol ou la formation d’ornières, sources de ruissellement d’eau chargée en nitrates et phosphates. Du protoxyde d’azote (N2O), un gaz à effet de serre 300 fois plus puissant que le CO2, est également émis lors de l’épandage des fertilisants. L’efficacité environnementale des épandeurs se situe d’ailleurs au cœur de plusieurs travaux du Cemagref, en particulier le projet Ecodefi (5). Dans l’idéal, l’épandage doit s’effectuer de façon uniforme sur l’ensemble de la parcelle agricole. En réalité, certaines zones reçoivent un sur-dosage qui s’accompagne d’un risque de rejet de fertilisants dans la nappe phréatique. A l’inverse, les zones situées en bordures du champ sont souvent sous-dosées. Afin d’y remédier, l’équipe d’Emmanuel Piron du Cemagref a développé un outil informatique destiné à réduire la quantité de produits utilisés: un simulateur d’épandage, qui permet de tester l’efficacité de l’engin en termes de répartition des doses.

Depuis le 1er janvier 2009, le contrôle périodique des pulvérisateurs agricoles est d’ailleurs obligatoire, dans le cadre du plan Ecophyto 2018. Certains fabricants conçoivent désormais des machines innovantes capables d’adapter les doses en fonction du terrain. Un guide d’éco-conception pour les machines d’épandage, appuyé sur les travaux d’Ecodefi est également en cours de finalisation par le Cetim de Saint-Etienne. «Il était temps que les fabricants surfent sur la vague environnementale. Espérons que la demande réponde à cette offre et que la fascination des acteurs agricoles pour les engins puissants ne freine pas le succès des éco-équipements» déclare Lionel Vilain. Le coût plus élevé de ces nouveaux modèles représente un autre obstacle. «Une réflexion globale sur la performance environnementale du système agricole s’impose, plutôt que sur celle des machines uniquement», ajoute le représentant de FNE. L’évaluation de l’impact des pesticides ou des effets sur l’érosion des sol ou la biodiversité s’avère toutefois plus complexe.

(1) Institut de recherche finalisée de référence pour la gestion durable des eaux et des territoires
(2) Centre technique des industries mécaniques
(3) Le mondial des fournisseurs de l'agriculture et de l'élevage, organisé notamment par les syndicats professionnels de machinisme agricole, s’est tenu du 22 au 26 février 2009 à Paris.
(4) Dans le JDLE «Agriculture: un plan de performance énergétique assez mûr?»
(5) Eco-conception et développement de méthodologies de fabrication innovante de machines d'épandage (2006-2010)


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