Lutter contre le réchauffement: la nouvelle mission de l’humanitaire

Le 15 octobre 2018 par Stéphanie Senet
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Etudes climatiques, systèmes d'alerte, explosion du nombre de victimes...
Etudes climatiques, systèmes d'alerte, explosion du nombre de victimes...

Le réchauffement climatique a considérablement accru et modifié le travail des ONG humanitaires. Des changements pointés lors d'une conférence internationale organisée le 12 octobre à Genève. La première du genre.

«Le changement climatique, c’est une question de vie ou de mort. C’est aussi simple que ça», a lancé Elhadj As Sy, secrétaire général de la Fédération internationale de la Croix-Rouge (FICR), organisatrice du dialogue de haut niveau sur l’impact humanitaire du réchauffement aux côtés du Giec , des gouvernements suisse et néerlandais et du Climate Action Network (CAN). «Le réchauffement affecte aussi directement les moyens de subsistance de nombreuses personnes. Si vous êtes pasteur au Sahel vous savez de quoi il retourne. Même chose si vous vivez en Mongolie», a-t-il poursuivi, 4 jours après la publication du rapport du Giec sur les conséquences d’un réchauffement de 1,5°C d’ici la fin du siècle.
Ce rendez-vous, qui a réuni des représentants de 30 Etats, scientifiques, associations humanitaires et agences onusiennes, s’est conclu par un appel de la communauté humanitaire. «Nous appelons à une action plus ambitieuse en matière d’adaptation et d’atténuation, qui soit axée sur les personnes les plus vulnérables», a déclaré le Fidjien Deo Saran, représentant permanent de la CCNUCC.


«Nous sommes débordés»
Sur le terrain, la FICR a vu les catastrophes climatiques quadrupler depuis les années 1970. «Nous sommes débordés», résume Maarten Van Aalst, directeur du Centre climatique de la Croix-Rouge. «Bien sûr, il reste difficile de pointer spécifiquement la responsabilité du réchauffement sur telle ou telle catastrophe, mais leur nombre explose, ainsi que le nombre de victimes touchées et le nombre de personnes exposées à l’avenir», poursuit-il. Deuxième observation: si les humanitaires orchestrent depuis des décennies des opérations post-catastrophes, le changement climatique ne faisait pas partie de leur vocabulaire. Mais les temps ont changé, comme le montre la tenue de ce premier dialogue genevois de haut niveau.


Main dans la main avec les climatologues
Evaluer précisément les impacts humanitaires du réchauffement relève toutefois de la mission impossible. «Nous manquons de données fiables dans les pays les plus pauvres, qui sont aussi les plus vulnérables. Mais nous commandons régulièrement des recherches scientifiques pour anticiper l’impact du réchauffement dans certaines régions d’Afrique par exemple», explique Maarten Van Aalst. Dans le milieu humanitaire, les spécialistes de la santé et de la logistique se mettent à travailler main dans la main avec les climatologues.


Actions de prévention
La FICR a ainsi développé les opérations de prévention basées sur les systèmes de prévision de catastrophes liées au changement climatique. En Ouganda, par exemple, où de fortes inondations étaient attendues en septembre 2017, l’association a aussitôt distribué des pastilles d’épuration en prévision d’une pollution des eaux et de maladies hydriques. Au total, des systèmes d’alerte ont été mis en place dans 16 pays dans le monde, dont le Bangladesh, l’Equateur, le Mozambique, le Pérou, les Philippines, le Togo, le Vietnam.
Nouveaux interlocuteurs
Dernière observation: les interlocuteurs ont changé. «Depuis une dizaine d’années environ, nous ne sommes plus seulement en contact avec les autorités sanitaires nationales, mais aussi avec les représentants de la politique climatique», raconte Maarten Van Aalst. Ce qui permet d’observer l’essor de plans d’adaptation climatiques au niveau national et de quelques actions en faveur de l’atténuation. «Mais les problèmes se développent beaucoup plus vite que les politiques ne réagissent», conclut Maarten Van Aalst.



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