Lutter contre le réchauffement, c’est bon pour la santé

Le 23 septembre 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Investir dans l'atténuation du changement climatique permet de réduire la facture sanitaire de la pollution de l'air
Investir dans l'atténuation du changement climatique permet de réduire la facture sanitaire de la pollution de l'air

L’Ineris a présenté, ce mardi 23 septembre, des modélisations de politiques à long terme de gestion de la qualité de l’air. Conclusion: polluer ou assainir, c’est le même prix.

Dans son dernier rapport d’évaluation, le Giec[1] souligne un point rarement mis en exergue: les changements climatiques auront de graves conséquences sur la santé humaine, en général, et sur celle des urbains, en particulier. La nouvelle n’a pas surpris les spécialistes. Les pollutions atmosphériques urbaines (ozone, particules fines) sont déjà responsables de centaines de milliers de morts prématurées, victimes pour la plupart de crises d’asthme, de maladies cardio-vasculaires ou respiratoires. Ces phénomènes ne pourront que s’accentuer sous l’effet d’une hausse des températures et de l’accroissement de certains polluants.

Jusqu’à présent, les politiques de prévention des pollutions de l’air et de lutte contre le réchauffement climatique étaient dissociées. «Plusieurs raisons à cela, explique Laurence Rouil, responsable du pôle Modélisation environnementale et décision de l’Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris): les propriétés physico-chimiques des polluants et des gaz à effet de serre sont spécifiques. Les GES restent longtemps dans l’atmosphère, à l’inverse des polluants atmosphériques. De plus, leur distribution spatiale est différente.» Or certains polluants atmosphériques, comme l’ozone ou les suies, contribuent aussi au renforcement de l’effet de serre.

 

Le paquet Qualité de l’air

 

La proposition de «paquet Qualité de l’air», présentée le 18 décembre dernier, change un peu la donne. Ce train de mesures propose de nouveaux objectifs de réduction d’émission de dioxyde de soufre, d’ammoniac, de composés organiques volatils, de méthane, d’oxydes d’azote et de particules fines, à atteindre d’ici 2030. But poursuivi: réduire de moitié les incidences sanitaires de la qualité de l’air entre 2005 et 2030. Diminuer aussi, sur la même période, d’un tiers la superficie des écosystèmes exposés.

Cette politique anti-pollution de l’air sera-t-elle efficace dans un environnement en surchauffe? L’Ineris et ses partenaires de l’institut Pierre-Simon Laplace (IPSL) ont modélisé l’évolution de la qualité de l’air, en Europe, en tablant sur le fait que les objectifs du paquet Qualité de l’air (toujours en discussion) seraient atteints.

 

A moyen terme (2030), le résultat est plutôt satisfaisant pour les particules (PM 10 et PM 2,5). «Les simulations effectuées sur l’ozone et les particules montrent que les hypothèses envisagées permettraient globalement de réduire la pollution atmosphérique et de respecter les objectifs de qualité de l’air sur la plus grande partie de l’Europe, notamment sur les concentrations de particules», confirme Laurence Rouil.
 

Bon pour les poumons et pour l’ozone

 

Les résultats, pour l’ozone, sont moins concluants, à cause de la baisse des concentrations d’oxydes d’azote. En effet, de fortes teneurs en NOx contribuent à détruire… l’ozone troposphérique; c’est la titration. Moins de NOx, c’est bon pour les poumons, mais bon aussi pour l’ozone, qui est un irritant des yeux et du système respiratoire. De plus, ce GES est aussi un puissant phytotoxique.

Autre bémol, quelle que soit la vigueur des politiques anti-pollution mises en œuvre, quelques zones résisteront encore et toujours à l’assainisseur. Le Benelux, la vallée du Pô, la région parisienne, Nord-Pas-de-Calais, Alsace, Rhône-Alpes ou Provence-Alpes-Côte d’Azur n’échapperont pas à des dépassements de valeurs-limites. «Cela montre que le seul respect des plafonds nationaux proposés par la Commission européenne ne suffira pas», commente Laurence Rouil. Dit autrement, la gestion de la qualité de l’air doit être continentale pour être efficace.

 

Plus ou moins de pollutions?

 

Pour 2050, les résultats sont différents. Et pour cause. Les scientifiques français ont étudié les effets sur l’air de deux scénarios climatiques (laisser faire et stabilisation du réchauffement à 2°C). «A cet horizon, les contraintes liées au réchauffement deviennent importantes», justifie Laurence Rouil. Le réchauffement accentuera probablement la sévérité et la durée des vagues de chaleur. Il modifiera aussi le régime régional des précipitations. Le changement de la circulation des masses d’air aura des effets aussi sur le transport à longue distance des polluants atmosphérique. «Un sujet important si l’on garde à l’esprit que 10 à 60% de l’ozone peut provenir d’autres régions du monde.»

A propos d’ozone, les modèles tablent, pour le milieu du siècle, sur une diminution globale des concentrations de ce polluant photochimique. Toutefois, selon que l’on luttera efficacement ou non contre le réchauffement climatique, les niveaux de pollution ne seront pas comparables. En effet, l’élévation des températures et l’accroissement du rayonnement solaire (imputable ou imputables ? à la disparition de certains types de nuages) augmentent les phénomènes chimiques favorisant la formation d’ozone.

 

Dur pour les particules

 

L’avenir des particules ne s’annonce pas franchement radieux. La réduction des consommations d’énergies fossiles réduirait considérablement leurs concentrations dans l’air. Cet assainissement serait accentué par l’augmentation des précipitations (qui lavent l’air) annoncée par les climatologues.

«Le résultat de ces modélisations montre bien que les politiques d’atténuation du changement climatique apportent un bénéfice complémentaire important aux politiques de gestion de la qualité de l’air», indique Laurence Rouil. Mais à quel prix? Question à plusieurs centaines de milliards d’euros.

Pour y répondre, les scientifiques ont soustrait aux surcoûts d’une ambitieuse politique climatique européenne (basée sur le scénario GEA 2012 de l’AIE) le montant de la facture sanitaire de la pollution de l’air. Résultat: ça s’équilibre. Pour stabiliser le réchauffement aux environs de 2°C, les Européens devront investir 500 Md€ par an à l’horizon 2050. Soit le même montant que la perpétuation du modèle énergétique actuel, auquel on ajoutera les coûts sanitaires de la pollution de l’air. Encore une hésitation?

 



[1] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

 



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