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Lutter contre le changement climatique, c’est bon pour la croissance

Le 24 juin 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La décarbonisation, c'est bon pour l'économie, la santé et le climat.
La décarbonisation, c'est bon pour l'économie, la santé et le climat.
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La transition énergétique serait finalement bonne pour l’économie, la santé et l’environnement. C’est du moins ce que conclut une étude de la Banque mondiale.

Réduire les émissions de gaz à effet de serre coûte cher. La transition énergétique est un produit de luxe. Les renouvelables, oui, mais pas pendant la crise. L’efficacité énergétique, ce n’est pas rentable. Voilà résumés les poncifs régulièrement servis par des politiques, des entrepreneurs et des médias sceptiques quant à l’intérêt économique d’une politique climatique digne de ce nom.

Le montant de l’addition

Plus personne (ou presque) ne conteste la nécessité de stabiliser le réchauffement, si possible aux alentours de 2°C[1]. Ce qui fait encore débat, c’est le montant de l’addition et surtout l’impact de cette révolution copernicienne sur l’ancienne économie.

De 1 à 20% du PIB

Nicholas Stern avait tenté de dépasser ce débat stérile en comparant les coûts de l’action à ceux de l’inaction climatique. Dans sa Stern Review, publiée en 2006, l’économiste britannique estime qu’il faut consacrer l’équivalent de 1% du PIB mondial pour éviter les plus importants risques climatiques. Faute de quoi, le montant de l’addition des événements extrêmes, des sécheresses, de la montée du niveau des mers et autres inondations pourrait s’échelonner entre 5 et 20% dudit PIB global.

Rentable, l’atténuation?

Des travaux plus récents montrent que la transition énergétique, nécessaire à la décarbonisation de nos économies, serait, comme l’indiquait lundi 23 juin le ministre des finances Michel Sapin, «rentable, donc finançable». C’est très précisément ce que démontre une étude, mise en ligne le même 23 juin par la Banque mondiale. Le rapport présente des politiques d’atténuation (réduction des émissions de GES) qui pourraient être mises en œuvre dans les secteurs du bâtiment, des transports et de l’industrie américains, chinois, européens[2], indiens, mexicains et brésiliens. Ensemble, ces 33 pays émettent plus de 60% du CO2 anthropique.

Des effets bénéfiques

Les prospectivistes de l’institution de Washington y ont ajouté les effets de mesures destinées à réduire les rejets de polluants climatiques à courte durée de vie (PCCDV). Responsables de près de 40% du réchauffement actuel, les émissions de méthane, de suies, d’ozone et d’hydrofluorocarbures peuvent être aisément réduites.

Dans les trois secteurs industriels, les impacts sont plutôt bénéfiques. D’ici 2030, le PIB pourrait croître de 1.800 à 2.300 milliards de dollars (1.325 à 1.700 milliards d’euros) grâce aux investissements anti-carbone. La diminution de polluants atmosphériques diminuerait de 94.000 le nombre de décès prématurés, estime la Banque mondiale. Sur la même période, 16 térawattheures de consommation d’électricité seraient économisés, réduisant les émissions mondiales de GES de 8,5 milliards de tonnes équivalent CO2. «à elles seules, ces politiques représenteraient 30% de la réduction totale pour limiter l’élévation de la température de la planète à 2°C», résument les analystes.

Bus, méthaniseurs, fours et déchets

Les chercheurs ont aussi évalué les retombées de 4 types de projets qui pourraient être financés via le mécanisme de développement propre: développement de 20 réseaux de bus rapides dans des villes indiennes, valorisation électrique du méthane capté dans les décharges du Brésil, installation de 70 millions de foyers efficaces en Chine rurale, développement de la méthanisation et de la production d’électricité photovoltaïque par le secteur agricole mexicain.

Le temps de leur durée de vie, ces projets permettraient de créer 200.000 emplois et d’éviter l’émission de plusieurs centaines de millions de tonnes de gaz carbonique. Côté sanitaire, ces politiques éviteraient la mort prématurée de 1 million de personnes. En réduisant l’exposition des cultures à de trop fortes concentrations d’ozone troposphériques, elles réduiraient en outre de 1 à 1,5 million de tonnes les pertes agricoles[3].

Cette étude est intéressante à plusieurs titres. Elle montre que les gains directs et indirects des politiques d’atténuation sont importants, tant pour l’économie ou la santé que pour l’environnement. En filigrane, elle rappelle qu’il faut sans doute concentrer les actions sur les émissions de polluants climatiques de courte durée. Un message rabâché par les diplomates américains depuis des années.

 



[1] Par rapport à l’ère pré-industrielle.

[2] Union européenne à 28.

[3] Les pertes de rendement dues à la forte exposition à l'ozone troposphérique fluctuent entre 7 et 12% pour le blé, 6 et 16% pour le soja, 3 et 4% pour le riz, et entre 3 et 5% pour le maïs, estime le Pnue.

 



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