"Lutter contre l’antibiorésistance condamne l’élevage industriel"

Le 06 novembre 2013 par Marine Jobert
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Des chevreaux proposés à la vente.
Des chevreaux proposés à la vente.
L214

Alain Boutonnet est vétérinaire homéopathe Il revient, pour Le Journal de l’environnement sur les conséquences sanitaires des pratiques d’une profession devenue partenaire de l’industrie d’élevage.

 

JDLE – La réforme prévue par le projet de loi d’avenir pour l’agriculture vise notamment à lutter contre l’antibiorésistance, dans un contexte de baisse des ventes d’antibiotiques destinés aux animaux[1]. Cette riposte face à l’antibiorésistance chez les humains est-elle bien engagée, selon vous?

Alain Boutonnet – Il faut replacer cette tendance dans son contexte. Il y a une dizaine d’années, des pédiatres et des gérontologues américains ont constaté chez leurs patients –qui sont par définition plus fragiles- des signes d’antibiorésistance à cause des antibiotiques qu’ils consommaient via la viande animale. Leur logique n’a pas consisté à alerter sur l’usage même de cette classe de médicaments. A aucun moment, ils n’ont remis en cause le principe même de la prescription d’antibiotiques chez les animaux! Et ce d’autant plus quand on sait qu’en Amérique du Nord, ceux-ci sont autorisés comme facteurs de croissance pour des animaux sains. Une pratique qui est interdite dans l’Union européenne, mais nous sommes susceptibles d’en ingérer des résidus via les viandes importées des Etats-Unis et du Canada.

 

Notre discours à nous, vétérinaires «alternatifs», cela a été de dire: on sait soigner autrement, à l’aide de l’homéopathie, de l’aromathérapie et de la phytothérapie. On obtient de bons résultats sur les animaux. Les autorités nous écoutent, mais disent qu’il faut faire des enquêtes… et rien ne bouge.

 

JDLE – Tout en étant très critique vis-à-vis d’une profession qui a, à vos yeux, glissé vers une démarche plus commerciale que sanitaire, vous semblez toutefois très attaché à la relation vétérinaire/éleveur, qui est lui-même dans une relation singulière à ses bêtes…

Alain Boutonnet – Vous avez raison... C’est bien l’éleveur qui a la clé de la situation, car il connaît les symptômes des animaux malades. Nous, on a une heure pour évaluer la situation, alors que, par exemple, l’éleveur sait que les agneaux toussent en buvant, mais pas en ruminant, pas le matin mais plutôt le soir, etc… C’est donc c’est une relation tout à fait privilégiée qui se crée entre éleveur et le véto. Et avec un véto «alternatif», on n’est pas dans une relation marchande: avec l’homéopathie, vous soignez 100 brebis avec un seul tube à 2 euros!

 

Mais prenez un élevage industriel… A quoi cela peut-il servir de donner un traitement non toxique –les granules d’homéopathie, par exemple- quand les animaux sont confinés dans des étables, sans accès à la libre pâture. Par exemple, on a maintenant des chèvres qui, même en agriculture biologique, vivent en «zéro pâturage», cantonnées à une petite aire d’exercice, alors que c’est un animal qui a besoin de trier sa nourriture. De fait, elles sont affaiblies au plan immunitaire, donc elles développent nombre de carences et des réceptivités à des germes de plus en plus terribles. Pour une grippe –une grippe!- on va leur donner des antibiotiques qui sont pourtant inutiles, en vue de gérer les «germes de sortie», c’est-à-dire les maladies qui viendront après. Et c’est sans parler des fluoroquinolones et des céphalosporines de troisième et quatrième génération[2], qui sont des antibiotiques dits critiques qu’on ne devrait même pas utiliser pour les animaux!

 

Alors qu’on peut soigner tout cela avec des mesures d’hygiène simples -litière paillée, désinfection des tétines et des abreuvoirs- mais qui nécessitent du personnel et qui coûtent donc cher. Or aujourd’hui, une seule personne gère 500 chevreaux. Et sa première tâche, le matin, c’est de ramasser les cadavres de ceux qui n’ont pas survécu. Selon moi, le vrai débat se situe là: c’est le mal-être des animaux, les conditions inacceptables de l’élevage et le malaise sanitaire qui en découle. En vérité, il faut détruire l’élevage industriel, qui favorise les maladies que les antibiotiques sont censés soigner. Mais cette question ne sera pas abordée, parce que cela signifierait remettre en cause la filière de fierté qu’est devenu l’agroalimentaire français. Pourtant, tous les voyants sociaux, économiques et sanitaires sont au rouge…

 

 

Alain Boutonnet est co-auteur de l’ouvrage «Homéopathie à la ferme»[3].

 



[1] Avec 782 tonnes en 2012, les ventes d’antibiotiques dédiés aux animaux, d’élevage ou domestiques, ont diminué de 33,3% au cours des 5 dernières années, et de 14% entre 2011 et 2012, révèle le nouveau bilan de l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV), qui dépend de l’Anses

 

[2] Avec une exposition en hausse de 25% depuis 2007, ces 2 classes de molécules sont considérées comme particulièrement importantes en médecine humaine, car elles constituent une des seules alternatives pour le traitement de certaines maladies infectieuses chez l’homme. Elles sont disponibles en médecine vétérinaire depuis une quinzaine d’années et selon les recommandations européennes, doivent être réservées chez les animaux au traitement curatif en deuxième intention. Source: ministère de l’agriculture.

[3] Éditions Repas.

 



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