Lubrizol révèle les failles de la prévention des risques industriels

Le 24 janvier 2013 par Stéphanie Senet
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La loi sur les PPRT fait suite à la catastrophe d'AZF
La loi sur les PPRT fait suite à la catastrophe d'AZF

L’accident industriel qui s’est produit à l’usine rouennaise de Lubrizol, le 21 janvier (voir JDLE), et qui continue de provoquer une fuite de mercaptan, révèle une autre faille, concernant la politique hexagonale en matière de prévention des risques industriels.

Celle-ci repose essentiellement sur les plans de prévention des risques technologiques (PPRT), un instrument créé par la loi du 30 juillet 2003, dite Loi Bachelot (1), élaborée suite à la catastrophe d’AZF qui avait fait 31 morts et plus de 2.500 blessés. Ces plans visent à protéger les populations vivant à proximité des sites industriels classés Seveso seuil haut, comme c’est le cas de l’usine de fabrication d’additifs pour lubrifiants et peintures Lubrizol. Concrètement, ils permettent de restreindre l’urbanisation, de procéder à des expropriations et de renforcer le bâti pour protéger les habitations des risques d’explosion, incendie ou nuage toxique (triples vitrages, salles de confinement, etc.).

Près de 10 ans plus tard, force est de constater que les PPRT manquent à l’appel. «Nous avons pris un retard phénoménal. Les PPRT ne remplissent pas encore leur fonction puisque 182 seulement ont été approuvés [au lieu de 400, ndlr]», a déclaré à l’AFP Benoît Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement.

«Les préfectures ont parfois tardé à prescrire ces plans», note Christian Schaible, en charge des questions industrielles à FNE. «Ensuite, l’élaboration du plan est un processus chronophage, avec la cartographie des risques, le zonage en fonction du degré de dangerosité, l’enquête publique… Les discussions entre les services de l’Etat et l’industriel pour déterminer ce qui devra être fait prennent beaucoup de temps», poursuit-il. Selon les cas, la mise en œuvre de certaines mesures peut prendre jusqu’à 5 ans.

Autre problème de poids: le financement des mesures. Une disposition avait été insérée dans le projet de loi de finances 2013. Mais elle a été censurée par le Conseil constitutionnel. En attendant que le gouvernement la réécrive, le système reste défaillant. Il existe seulement un crédit d’impôt de 40%, plafonné à 10.000 euros, permettant aux propriétaires de réaliser des travaux. Un apport peut être ajouté par l’Etat, les collectivités et l’industriel mais cela ne va pas de soi, selon FNE, qui souligne qu’aucun coût ne devrait être à la charge d’une victime potentielle.

Pour en revenir à l’accident de Lubrizol, seulement deux tiers de la solution ayant provoqué les rejets de mercaptan (36 tonnes au total) ont été neutralisés à ce jour –en étant plongés dans une autre solution composée d’eau soudée et de javel- précise la préfecture de Seine-Maritime. C’est le groupe Veolia Environnement qui a été chargé du traitement et de l’incinération du produit de la réaction.

Inquiète pour la population riveraine, la fédération régionale Haute-Normandie Nature Environnement demande la réunion en urgence des comités locaux d’information et de concertation (CLIC), la publication de l’enquête administrative ouverte le 22 janvier sur les causes (voir JDLE) et la révision de l’étude de dangers concernant toutes les installations similaires en France.

 (1) Relative à la prévention des risques technologiques et naturels et à la réparation des dommages



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